24ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
C’est l’histoire d’un loup très anxieux qui va se confesser. Il a peur du regard de Dieu mais pour se libérer de ses nombreux péchés (rapport à des brebis quoi …), il entre tout de même dans le confessionnal. Le prêtre l’accueille et lui demande de faire son aveu. Le loup présente alors un exposé très complet de ses fautes : surtout ses nombreux festins de brebis dans la montagne, ses manques de fidélité à la messe et à la confession et ses difficultés d’entente avec son épouse, la louve. Le prêtre lui donne quelques conseils suivis d’une pénitence et l’invite à renouveler sa contrition. Après avoir dit son acte de contrition, le loup se met à genoux et reçoit l’absolution. Mais pendant l’absolution, sous les mains du prêtre, il s’agite à nouveau, il se cogne dans le confessionnal. Il dit au prêtre de s’élever de sa prière, parce qu’il entend au loin des brebis et que son envie de meurtre est devenue à présent irrépressible. Sa confession est un échec mais que manque-t-il à cet animal au juste ? Sans doute un certain sens du Dieu, que Jésus nous a inculqué.
La parole de Jésus est la clé du jugement de Dieu sur chacun de nous.
Jésus nous relève par la force de son regard et son pardon.
Dans la confession, il nous rééduque à la vie nouvelle.
La parole de Jésus est la clé du jugement de Dieu sur chacun de nous.
Combien souvent il m’est arrivé de remarquer, lors d’entretiens, un chrétien ou une chrétienne tellement désireux de savoir du fond de son cœur ce que le bon Dieu pensait de lui ou d’elle. Certains portent même cela comme une sorte de maladie intérieure, il s’agit d’un scrupule face à leur manière de se dire fidèles de Dieu, une inquiétude forte devant ce qu’il peut déjà prononcer comme jugement à leur encontre. Parfois même, cette inquiétude scrupuleuse se transforme en une peur viscérale qu’aucune parole ne parvient à apaiser. Et bien, permettez-moi de dire qu’en être là, à ce point de désespoir et de peur n’est pas le gage d’un rapport vraiment chrétien à Dieu. En effet, précisément, ce qui nous a rendu Dieu accessible, ce qui nous a d’abord permis de prononcer son nom, ce n’est pas un vague sentiment venu en nous-mêmes un beau jour du tréfonds de notre seule conscience. Non, Dieu nous a donné la vision de ce qu’il est dans la personne de son divin Fils, le Christ Jésus. Et il faut bien être pris d’une complète schizophrénie spirituelle pour constater une peur du regard de Dieu sur soi-même tout en se disant fièrement chrétien. Le catéchisme nous en informe avec une très grande clarté (§ 1039) : « C'est face au Christ qui est la Vérité que sera définitivement mise à nu la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu. » Donc, pour tâcher de recevoir sur moi le regard de Dieu, je dois d’abord chercher à connaître Jésus : en connaissant sa vie, en cherchant à devenir un familier de ses paroles, en cherchant enfin le sens de la portée de celles-ci comme de chacun de ses actes.
Aussi, avouons-le, si nous sommes parfois si dérangés par la pensée inquiète du jugement divin, c’est aussi que nous n’avons rien pratiquement dans notre quotidien pour nous relier dignement à cette question. Je vous dis que nous sentons bien que nous avons quelque chose à faire pour notre créateur au quotidien, qu’il y a en principe une finalité individuelle que nous avons à poursuivre dans notre vie d’ici-bas, mais que nous ne savons pas bien comment nous y prendre pour réjouir notre Seigneur et pour ne pas aller finalement rôtir là où personne ne le veut plus. Non, mais dans le Christ, Dieu fait homme, avec une âme qui, dans la grâce du baptême cherche sa vie, son regard et sa pensée, nous pouvons acquérir le sens paisible du jugement véritable de Dieu à notre égard, un regard qui justement, nous sauve ! « Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.» avons-nous entendu de Paul dans sa lettre aux Romains. Avec le catéchisme à nouveau, laissons-nous finalement dire ceci (§ 1040 ) : « Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort. »
Voilà maintenant que tout le monde est plus paisible, nous allons essayer maintenant d’entendre et d’apprendre la parole de Jésus qui nous relève et sauve de la condamnation…
Il nous relève par la force de son regard et son pardon.
Pour vivre du regard de Dieu au présent et sans autre jugement parasite qui fasse peur, dans l’évangile de ce jour, le Christ vient relier en nous-mêmes l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Par la parabole du débiteur impitoyable, le Seigneur nous rend en effet attentifs au fait que précisément, nous n’avons qu’un seul cœur, auquel n’est relié qu’une seule conscience, et que le pardon, c’est tout un. La semaine dernière, la liturgie nous avait fait réentendre le commandant d’aimer son prochain comme soi-même comme d’une règle de vie qui accomplit toute la loi (Rm 18, 9-10). Cette semaine, le Christ nous informe que ce commandant doit et peut en particulier s’accomplir dans un pardon donné et reçu quotidiennement, aussi bien avec Dieu qu’avec le prochain. Nous pourrions le dire de la manière suivante : ce que nous dit Jésus afin de pouvoir rester uni à lui dans l’Esprit, sous le regard de son Père dans la paix et la joie, est que Dieu pardonne à celui ou celle qui se repent, et que ce pardon est ensuite fait pour donner la force d’un autre pardon à toute autre personne qui m’a offensé et autant que nécessaire. Dieu m’aime parce qu’il me pardonne et il me demande d’aimer mon prochain de cette même façon. C’est donc là qu’est le jugement de ma vie.
Il m’est souvent arrivé d’entendre des baptisés me confier leur grande difficulté à pardonner à qui les avait meurtris et parfois si durement. Dans ce cas, je leur demande toujours en retour : au fait, depuis quand ne vous êtes-vous pas confessés ? Et oui, c’est bien ce que nous dit la parabole. Notre incapacité à remettre les dettes vient du litige qui nous oppose à Dieu. Une fois libérés, nous libérons, c’est le sens de la force que Dieu nous donne. Et lorsque nous lui donnons la joie sacramentelle de passer en vérité sur nos offenses, la force de son pardon est telle qu’elle provoque en nous-mêmes la volonté et la force de nous réconcilier avec qui nous a atteint. Le pardon sacramentel est d’ordre surnaturel, parce qu’il nous relie de manière surabondante à la Croix, la force de Dieu vient nous relever pour nous rendre libres d’aimer les autres à nouveau. Et c’est dans ce lieu de la Croix que Dieu a voulu nous juger. Le catéchisme nous dit encore (§ 679) : « Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a « acquis » ce droit par sa Croix. C'est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même, reçoit selon ses œuvres et peut même se damner pour l'éternité en refusant l'Esprit d’amour ». Lorsque j’étais aumônier de jeunes, j’ai eu à de multiples occasions la joie de célébrer le sacrement de la réconciliation avec eux. Combien de fois, il m’est arrivé de voir une personne changer physiquement pendant la prière d’absolution. Combien de fois ai-je vu des enfants sauter comme des cabris dans la cour de l’école après avoir été pardonnés, tout prêts qu’ils étaient à aimer et à aimer malgré tout ensuite ! L’effet est le même pour les grands enfants que nous sommes.
Alors qu’attendons-nous ?
Dans la confession, il nous rééduque à la vie nouvelle.
Je pense que, cette semaine, nous pourrions faire un bel examen de conscience. En nous plaçant sous le regard de Dieu avec cet évangile, nous pourrions laisser monter en nous-mêmes tout ce qui nous brûle, ce qui ne nous paraît pas ajuster à son Règne, tout ce que ne correspond pas à la manière d’aimer que Jésus, son Fils, nous a laissée. Regardons nos dettes ! Toutes nos dettes : celles que nous devons à Dieu ou aux autres, comme celle des autres à notre égard. Et allons ensuite puiser l’eau de la grâce en nous confessant pour pardonner aux autres, avec l’immensité avec laquelle Dieu nous aura libérés, avec le même cœur, la même confiance, le même regard christique, qui ne condamne pas mais qui sauve. Et pour cet examen, n’allons pas non plus chercher bien loin car l’amour de Dieu sous le regard de Jésus commence à la maison, pour se prolonger au travail, à l’école, à la paroisse et peut-être ailleurs…
Que par cette eucharistie Dieu nous aide à toujours mieux contempler la vie de son Fils Jésus, notre sauveur et notre juge ! Que ce sacrifice nous procure la force de pouvoir présenter au Père nos péchés les plus véniels et de nous préparer à lui offrir aussi nos dettes les plus grandes dans la confession. Que par l’amour du Christ, l’Esprit nous rééduque à la joie du pardon retrouvé avec celles et ceux qui nous doivent.