25ème DImanche du Temple Ordinaire - Année A

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25ème DImanche du Temple Ordinaire - Année A

Souvent, nous imaginons que pour plaire à Dieu, il faudrait lui présenter un CV spirituel impeccable, une sorte de profil LinkedIn de l'au-delà. Un profil où l'on cocherait toutes les cases : « Zéro péché depuis 1998 », « Expert senior en pensées pures », avec des compétences validées par nos proches en « patience dans les bouchons » et « amour inconditionnel des personnes contrariantes ». On s’imagine arriver devant le Seigneur comme à un entretien annuel d'évaluation, terrifié à l'idée de devoir justifier un « trou » dans notre parcours moral ou une baisse de notre productivité spirituelle. On s'épuise à vouloir être, au fond, le parfait petit auto-entrepreneur de sa propre sainteté. Pourtant, si l'on écoute bien les lectures de ce jour, on réalise que Dieu est sans doute le recruteur le plus déroutant qui soit...

La foi est un chemin d’engagement et d’alliance. 

Le Christ nous appelle à participer à son Règne par le service. 

Avoir confiance en Dieu, c’est se laisser continuellement choisir. 

La foi est un chemin d’engagement et d’alliance. 

Parfois, nous pourrions être pris par la tentation de penser que la vie chrétienne consiste en un bel effort moral de toute l’existence. Comme si, finalement, plaire à Dieu dans le Christ revenait uniquement à mener une existence vertueuse selon de belles valeurs, de beaux principes moraux bien établis. La vie sainte serait donc une vie moralement parfaite. Eh bien, les lectures de ce jour sembleraient nous inciter à envisager notre relation à Dieu sous une toute autre perspective. Car, si en effet, dans la première lecture, du livre d’Isaïe, le Seigneur convoque le méchant à abandonner « son chemin, et l’homme perfide, ses pensées », c’est dans le but de leur montrer sa miséricorde divine et contre toute attente. La vie moralement accomplie est donc affirmée ici comme un préalable au contact avec le Seigneur, mais pas sa finalité propre… Justement d’ailleurs,  si le Seigneur appelle de cette façon le pécheur, c’est pour le guérir, c'est-à-dire finalement pour le rencontrer au cœur de son péché et le sanctifier. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins », proclame-t-il encore par la bouche d’Isaïe. Et, ce n’est sans doute pas une découverte pour chacun de nous ce matin, mais la manière dont l’homme peut de lui-même songer à l’immortalité, à la perfection, au maintien éternel de sa vitalité et de son identité n’a souvent rien à voir avec ce que Dieu peut lui proposer pour cela. La vie morale parfaite est-elle même possible ? Dans l’Église, sera déclaré saint, non celui ou celle qui aura fait disparaître de sa vie toute pensée et acte mauvais, mais davantage celui ou celle qui sera tellement proche du Christ qu’il ou elle aura déjà tellement éprouvé son pardon avant de les commettre qu’il saura y renoncer constamment. La sainteté n’est pas une perfection mentale, mais une totale unité de la personne avec Dieu dans le Christ, voilà qui est très différent. 

Et la foi consiste précisément en un chemin d’engagement et d’alliance avec lui, où le croyant éprouve chaque jour la joie d’écouter son Seigneur pour s’en remettre à lui. La foi est un chemin d’abnégation, dans le désir constant de vivre uni à Dieu. Et la route vers la sainteté commence précisément lorsqu’on a commencé à comprendre que sans le Christ, il est impossible d’atteindre Dieu et de vivre en lui. Le saint ou la sainte recherche non la perfection, mais le pardon et la vie donnée par Jésus. 

Justement, le Christ nous convie sur cette destinée d’abnégation et de paix par la voie du service. 

Le Christ nous appelle à participer à son Règne par le service. 

Ce n’est pas un hasard si, dans la parabole du Royaume que nous attendons ce matin dans l’Évangile, le Seigneur Jésus compare ce Règne à un labeur. Il veut par là-même nous signifier l’engagement que cela suppose d’entrer dans son alliance, un engagement non dans la solitude de règles individuelles, mais dans la collaboration avec un maître qui, lui-même, nous embauche, et quand il le veut. Voilà ! Le Règne de Dieu n’est pas constitué d’une collection d’auto-entrepreneurs mentaux de la justice et de l’amour, mais d’actifs d’un travail commun, qui est une collaboration à l’œuvre du Christ dans une union personnelle à lui. Quelque part, Jésus semblerait nous dire d’abord ce matin que la foi sans un acte concret pour la mettre en œuvre n’a pas vraiment de sens et que le faire seul n’en a pas non plus, tant, ainsi que nous l’avons dit, on ne peut soi-même s’embaucher pour le Royaume des Cieux. Récemment, le pape Léon, dans une adresse à des chrétiens du monde caritatif, a proclamé : « La foi sans les œuvres est morte et n'a pas le pouvoir de sauver ». Il a ajouté que tous les baptisés « partagent la responsabilité de proclamer l'Évangile aujourd'hui, tant par leurs paroles que par leurs actes de charité » (2 mai 2026, aux membres de la Papal Foundation). Et le pape François, avec ses mots, disait qu’une foi sans les œuvres n’est qu’une foi « à moitié » (Homélie du 11 avril 2021). Il y a, je crois, ici de quoi donner envie de se rendre sur la place du village pour se faire embaucher, non ? Il s’agit d’une collaboration par un travail, certes, mais avant tout, d’un service personnel en commun, qui donne à la foi sa dimension de purification intérieure, par le désir et la volonté de faire quelque chose qui ressemble au Christ. Ce contrat commun avec le maître, auquel chacun se trouve convié dans l’Église, consiste à s’abaisser avec lui et comme lui par le service. 

Il a, dans la tradition de l’Église, cette tradition des œuvres de miséricorde, au moyen desquelles nous pouvons savoir si nous sommes bien au service, engagés dans le travail commun du Royaume. Il y a les œuvres corporelles (Mt 25) : Donner à manger à ceux qui ont faim, Donner à boire à ceux qui ont soif, Vêtir ceux qui sont nus, Loger les pèlerins (les sans-abri), Visiter les malades, Visiter les prisonniers, Ensevelir (enterrer) les morts. Et les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui doutent, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes désagréables, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. Voilà le Royaume des Cieux en acte. Aujourd’hui, il serait bon de nous demander chacun, au fait, nous sommes bien engagés… Dans quelle mesure est-ce que je travaille concrètement au Règne de Dieu ? En voilà une question pour ce dimanche ! La semaine prochaine, sur la place de la Concorde, le pape Léon XIV nous dira sans doute ce que nous devons faire comme baptisés pour annoncer et œuvrer au Règne de Dieu en France. Peut-être nous parlera-t-il du soin de l’humain, de la magnifique humanité pour laquelle le Christ nous embauche jour après jour par les sacrements et le don collectif concret de nous-mêmes aux autres. 

Le Règne de Dieu est donc non seulement l’abandon à la Miséricorde qui est le plan de Dieu pour nous sauver vraiment, non seulement une foi ainsi vécue à travers la prière et le service, mais c’est aussi se laisser choisir continuellement pour œuvrer. 

Alors, laissons-nous appeler !

Avoir confiance en Dieu, c’est se laisser continuellement choisir. 

Cette semaine, il serait bon que chacun d’entre nous se demande ce que Dieu veut faire de lui ou d’elle, ici et maintenant. Suis-je déjà embauché ? Et si oui, suis-je à présent à la bonne place ? Ou bien, suis-je encore à attendre sur la place que le maître arrive dans ma vie pour, avec moi, relever le faible ? Rappelons ici que nous sommes choisis pour la Miséricorde, c’est-à-dire afin d’être relevés et finalement au service, mais nous sommes encore choisis avec Miséricorde, c'est-à-dire à n’importe quelle heure de notre vie. Et c’est pour cette raison que tout le monde est rémunéré de la même façon, avec la seule récompense finale du salut.

 Alors, cela ne veut peut-être pas dire qu’il va falloir encore garnir un emploi du temps déjà bien chargé, avec une activité à la paroisse par exemple, mais peut-être simplement que Dieu nous invite humblement à revoir notre manière d’être avec celles et ceux qui nous entourent (à la maison, au travail et ailleurs …). Le travail pour le maître est en effet un travail en compagnie des autres baptisés, mais également un discernement de chaque instant, où Dieu, dans ma finitude, vient me chercher et me surprendre afin de ne plus jamais vivre ma relation à lui à moitié. 

Que cette eucharistie vienne nourrir en nos cœurs un saint désir de décentrement de nous-mêmes afin de n’avoir que Jésus pour maître de la vie éternelle. Que par elle, l’Esprit Saint suscite en nous le goût de servir Dieu par l’œuvre pour son Règne. Que ce même Esprit nous aide à discerner profondément la manière avec laquelle Dieu nous choisit.