26ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
J’ai lu ce matin dans la presse écrite le témoignage d’une journaliste de RMC qui, s’étant d’abord offusquée en voyant toute la place et les moyens laissés au pape Léon XIV dans la capitale, s’est amendée publiquement le lendemain, après avoir été témoin de la ferveur des 80 000 jeunes rassemblés vendredi soir au stade de France. Je la cite :
«Hier soir, j’ai été gagnée par l’émotion en regardant la communion de tous ces jeunes au stade de France (désolée Zizou, j’ai raté la 1re mi-temps). Ces images de liesse, cette foule immense et magnifique, et surtout ces sourires m’ont remuée. Je ne suis pas croyante, mais je me suis fait happer par cette joie communicative et ça fait un bien fou. Mea Culpa.»
Après une telle déclaration, nous serions en droit de nous demander si elle ne serait pas en train de se convertir ?
Il est grand temps d’apprendre à cultiver quotidiennement le goût de ce qui nous sauve :
La pénitence constitue l’attitude évangélique première.
Jésus nous appelle à ordonner notre vie présente à la vie du Ciel.
La Vierge Marie nous accompagne dans ce chemin de transformation.
La pénitence constitue l’attitude évangélique première.
Devant l’assemblée synodale provinciale, qu’il a rencontrée à l’Institut catholique de Paris, le pape Léon a hier exhorté notre Église de France à plonger dans « un état d’initiation ». Il nous faut entendre ces mots dans le cadre de la grande réflexion menée par nos évêques, aidés de prêtres et de laïcs au sujet de la question de l’accueil dans les diocèses des personnes en demande d’être initiées aux sacrements du salut. Un état d’initiation suppose deux choses en fait : recevoir une annonce de la bonne nouvelle par d’autres baptisés d’une part, et chercher ensuite à répondre à cette annonce par une conversion d’autre part, afin de rejoindre l’Église, la famille de celles et ceux que Dieu cherche. En effet, avoir entendu l’Évangile résonner au plus profond de son cœur vient toujours engendrer la joie d’une rencontre personnelle avec le Christ et, partant, un changement de sa propre vie. Et ce changement signifie toujours se désapproprier de sa manière de vivre et de regarder cette vie, pour ensuite les laisser toutes deux passer au crible aimant du regard de Jésus qui est le sauveur. Cet abandon au regard du Christ représente une attitude que nous avons sans doute un peu trop oubliée, la pénitence.
Les lectures de ce dimanche nous y invitent largement, si nous voulons que toutes les promesses du Christ se réalisent un jour en chacun de nous. Et pour cela, nous avons à l’imiter. « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus », nous a exhorté saint Paul : « ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est anéanti ». S’anéantir veut dire, pour chacun, laisser Dieu regarder sa propre vie afin de le laisser me dire ce qui en elle ne me prépare pas au ciel. C’est cela, au fond, la pénitence : laisser l’Esprit de Jésus me montrer mes manières de penser et d’agir du quotidien qui empêchent en moi le salut. Ce matin, sur la prairie devant la grotte de Lourdes, le pape Léon nous a invités en ce sens : « Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. »
La pénitence trouve sa raison d’être dans l’appel de Jésus à nous préparer à la vie éternelle. En fait :
Jésus nous appelle à ordonner notre vie présente à la vie du Ciel.
L’Évangile comme la première lecture nous ont invités précisément à ne pas nous satisfaire de notre état présent de sanctification, comme si nous pouvions par nous-mêmes complètement l’apprécier, nous dire sauvés, rien qu’en regardant nos vies d’ici-bas et vivre en plus comme cela de façon permanente. Car le juste, nous a dit Ézéchiel, peut toujours, par seule faute, se détourner de sa justice, commettre le mal et finalement mourir dans cet état. Et de la même façon, Jésus nous a bien décrit ce fils qui, après avoir dit oui à son père, finit par ne pas aller travailler sa vigne. Et oui, il nous faut être en effet prudents lorsque nous songeons à notre disposition présente au salut, à la vie éternelle en Dieu, car il y a certainement encore des choses obscures que nous ne parvenons pas encore à bien distinguer en nos cœurs. Songeons aussi à celle et ceux qui n’ont pas les moyens matériels et humains pour vivre le bonheur présent. Le pape Léon XIV a ajouté : « Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix ». Celui dont nous devrions donc avoir constamment le souci au présent sur cette terre n’est pas le bonheur présent à partir d’une hypothétique vie parfaitement établie, mais le bonheur du Ciel qui se prépare dès maintenant, dès ici-bas sur la terre, depuis la fragilité du péché.
Pour cela, il convient donc de laisser Dieu venir en nous, afin qu’il puisse éclairer notre conscience par sa loi d’amour qui est contenue dans sa parole, ses sacrements et l’Église qu’ils rassemblent sans cesse. Laisser Dieu agir sur nos vies revient à devenir comme ce premier des deux fils, celui qui dit d’abord non et qui finit par se résoudre à détourner ses pas pour se rendre finalement dans la vigne de son père. L’état d’initiation, où l’on se laisse catéchiser pour ensuite entrer en pénitence, nous dispose à ce que nos négations intérieures et extérieures du Règne de Dieu se transforment en des oui généreux et toujours plus aimants envers le Seigneur qui est mort et s’est livré pour nous. Ce programme spirituel est celui de tout chrétien et représente le combat véritable de toute notre vie. Ainsi, lorsque nous arrivons à la messe, nous devrions être d’abord davantage prêts à réciter le « Je confesse à Dieu » que, seulement et tout de suite, le Crédo, comme une frêle assurance. Nous devrions être prêts à confesser tous les passages du non au oui que nous avons vécus durant notre semaine, afin de pouvoir proprement rendre grâce à Dieu. À l’offertoire encore, nous devrions déposer devant l’autel notre fragilité et celles encore que nous percevons ailleurs, afin que l’Amen, le grand oui eucharistique de Jésus vienne ensuite nous transformer durablement. Une transformation vers des oui plus grands et plus massifs encore.
Et n’oublions pas enfin que nous n’avons pas à vivre tous seuls ces changements de réponse, car les conversions des autres sont bien sûr un bénéfice pour l’ensemble de l’Église, pour chacun d'entre nous. Ainsi que nous l’avons bien entendu de Paul : « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. » C’est bien en Église que nous sommes invités à nous laisser transformer par la grâce agissante de Dieu qui prépare nos vies du présent à la vie éternelle. En Église, c'est-à-dire en famille d’abord, à la paroisse, entre amis, nous devrions apprendre à cultiver le goût de ce qui nous sauve et qui fait dire oui au ciel : celui pour l’écoute priante de la parole, celui de la réception fervente et disposée des sacrements et celui de l’amour fraternel entre baptisés d’un même peuple.
Et souvenons-nous que cette transformation a encore été dotée par le Christ d’une gardienne.
La Vierge Marie nous accompagne dans ce chemin de transformation.
Après nous avoir exhortés à vivre en état d’initiation, le pape Léon XIV a célébré pour notre pays cette grande messe sur la place de la Concorde, à la mémoire de la Vierge Marie, fontaine du salut. Et comme Marie a dit à Bernadette à Lourdes, « Pénitence, pénitence pour les pécheurs », le pape nous a donc encore exhortés à prier pour tous les pécheurs de notre pays. Il nous a enfin invités à vivre la conversion du Royaume pour eux, pour celles et ceux qui ne croient pas ou plus du tout, celles et ceux qui ne croient pas encore. Il faut nous dire que plus nous serons convertis, plus nous donnerons le goût du Salut que Dieu nous a apporté en voulant naître en notre monde du sein de la Vierge. Prenons donc le temps cette semaine de nous confier à elle, afin d’apprendre avec elle à dire et redire oui, à passer du non au oui, à nous relever encore, en accueillant comme elle sur nos vies le regard de la miséricorde de Dieu, « maintenant et à l’heure de notre mort ».
Que cette eucharistie nous aide à livrer nos vies sous le regard de la Miséricorde de Dieu. Qu’elle vienne déployer en nous un généreux assentiment à l’action de la grâce de Dieu et de ses commandements. Qu’elle nous aide enfin à nous offrir avec toute l’Église à l’imitation de celle que Dieu nous a envoyée comme gardienne de notre chemin quotidien vers la vigne du Père.