27ème DImanche du Temps Ordianire - Année A

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27ème DImanche du Temps Ordianire - Année A

Il y a chez les scouts ce jeu qui consiste à faire passer une baguette de main en main avec pour consigne de dessiner une chose. « Dessine-moi un baobab, s’il te plaît ? » Et il se trouve que la personne qui ne connaît pas le jeu prend la baguette et dessine ensuite dans l’air le baobab qui est dans son esprit. Parfois, tout le monde sera en admiration devant le mouvement, mais d’autres fois, tout le monde fera remarquer que la personne pourrait sans doute mieux faire. À quoi cela tient-il ? Qu’est-ce qui fait que le baobab est réussi aux yeux de tous en fin de compte ? Eh bien, je vais vous donner le truc : le dessin est somptueux quand, en s’emparant de la baguette du dessin, la personne remercie celle qui la lui a remise. C’est simple, non ? Pour pouvoir prétendre à un baobab époustouflant, il faut d’abord avoir été reconnaissant envers celui ou celle qui m’a donné le moyen de le dessiner. N’est-ce pas cela aussi notre vie chrétienne ? Elle serait réussie dès lors que nous apprenons à la laisser se transformer jour après jour en action de grâce au Père. 

L’Église est dans un état de transformation permanente. 

La vie des baptisés est formée par l’offrande de Jésus. 

Notre époque attend des prophètes reconnaissants de l’action de Dieu. 

L’Église est dans un état de transformation permanente. 

Lorsqu’on regarde notre Église, on pourrait facilement avoir l’impression d’une institution figée et sombre, d’une vieille dame, comme un jour un ami chrétien a pu me le confier. D’ailleurs, si l’on interroge encore certaines personnes, si l’on prête aussi un peu d’attention à ce qui est dit de cette Église dans les médias, on pourrait rapidement arriver au constat qu’il faudrait sans doute qu’elle se réforme. À la manière d’une structure étatique, il faudrait que les prêtres, les évêques ou tous les croyants fassent enfin leur révolution, et pour le plus grand bien du monde entier. Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai même aussi entendu un acteur de cinéma très en vue expliquer qu’il faudrait peut-être même songer à faire disparaître l’Église à l’instar de l’ensemble des autres religions – c’est dommage, car je l’aime bien, moi, cet acteur… Que penser de tout cela, si ce n’est d’abord qu’une révolution, au sens propre, consiste bien à faire le tour de quelque chose, dans le but de revenir au même endroit ? Et nous savons que les révolutions politiques ont souvent et finalement cherché à remplacer un système, avec ses problèmes, par un autre, avec les siens… Et même si le pape est vraiment un chef d’État, comme certains journalistes français l’ont sans doute découvert la semaine dernière, l’Église ne peut être réduite à une entité étatique, encore moins à une fondation politique. 

D’ailleurs, d’ailleurs, elle se trouve être le sujet d’une perpétuelle transformation. Non une révolution, mais une croissance. Non une Église voulue pour elle-même, mais en vue du règne de Dieu. Dans sa constitution dogmatique sur l’Église, le Concile Vatican II nous éclaire sur cette vocation (Lumen Gentium, § 3) : « Aussi l'Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit mission d'annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre. » L’Église vient donc du Christ comme le germe du Royaume, comme une plante qui a pour mission d’indiquer à tous le commencement de la vie en Dieu. Une plante est un organisme qui par nature change, car elle grandit, sachant bien se pencher d’un côté ou de l’autre pour chercher l’eau et le soleil qui lui sont nécessaires ; elle a sa loi interne de croissance et de devenir. Mais une plante a aussi besoin d’être entretenue et choyée, taillée, parfois même, déplacée ou même remplacée ; il s’agit là d’une attention qu’elle ne peut se procurer par elle-même. La plante Église a ainsi besoin d’un jardinier. « Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile », a proclamé le prophète Isaïe (Is 5). « « Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. » L’Église est donc bien un organisme vivant, mais, avant tout, c’est le corps du Seigneur. Et dans l’évangile de ce jour, Jésus nous incite à nous demander ce que nous faisons nous-mêmes de toute cette vitalité que le jardinier qu’est le Père veut sans cesse entretenir en nous par la puissance de l’Esprit. Si nous voulons faire vivre une Église qui poursuit bien sa vocation, qui pousse et produit des fruits selon le Règne de Dieu, il nous revient de correspondre à son ADN, c'est-à-dire de subir nous-mêmes sa transformation. 

C’est ainsi que : 

La vie des baptisés est formée par l’offrande de Jésus. 

Dans cet évangile des vignerons homicides, le Christ reprend l’image utilisée par Isaïe pour rappeler à Israël que sa vitalité vient du Seigneur et qu’elle est faite pour accomplir sa volonté et non une autre. Mais Jésus, dans sa narration, indique comme dernière tentative pour inciter les vignerons à l’honnêteté face au maître de la vigne qui en souhaite les fruits, la venue de son fils : « ‘Ils respecteront mon fils’, dit le maître ».  Et non, malheureusement, ils ne le firent pas : « Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » Alors, dans la bouche de Jésus, un Fils qui se fait rejeter et mettre à mort par un peuple auprès duquel il est envoyé n’a rien d’étonnant.  Il annonce là sa Passion. Mais pour nous ce matin, il nous faut entendre de cette parole que ce qui nous permet depuis notre baptême de redonner à Dieu toute la vitalité qu’il insuffle en nous quotidiennement, que ce qui nous aide à vivre nous aussi notre transformation dans le germe de l’Église qui appartient à Dieu, n’est autre que la personne de Jésus, lui-même. 

Jésus est le Christ, le Messie de Dieu, celui qui est venu nous indiquer non pas à quoi, mais à qui nous devions ressembler si nous voulons, dès ici-bas, faire la volonté de Dieu. Il nous a rappelé que la vie avec Dieu est une vocation, un appel qui suppose de faire alliance avec lui et d’accueillir pour cela son Fils. Et que fait ce Fils de plus grand et d’essentiel pour son Père ? Il offre sa vie en partage, il se dessaisit de ce fruit divin pour le redonner à Dieu dans la force de l’Esprit-Saint. Et pour rester dans l’Église, dans le germe du Royaume, fidèles à Dieu, nous devons apprendre à nous unir sans cesse à Jésus venu nous apprendre la reconnaissance, la gratitude envers Dieu, le retour à lui. C’est à cette nation-là que le Seigneur confie quotidiennement son Règne éternel. Et nous le savons, l’union à Jésus dans la prière, les sacrements et la méditation de la Parole produisent toujours les beaux fruits du service du prochain, de l’annonce de la foi et d’une action de grâce renouvelée pour le Seigneur. C’est ainsi que ce que Dieu sème en moi par son Église à la messe doit être encore entretenu par lui dans la prière et la charité le reste de la semaine, comme une reconnaissance filiale que je lui fais pour les dons qu’il m’accorde. 

Notre époque attend des prophètes reconnaissants de l’action de Dieu. 

Et comme le disait le pape François, nous ne devons pas nous contenter d’être des chrétiens du dimanche. Car même si, comme le disait encore Benoît XVI : « Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre », notre vocation commune est de justement passer le reste de notre semaine dans le monde à la manière de l’Église entière, nous laissant transformer par ce que la messe produit en nous par la grâce de l’Esprit-Saint. Et cette transformation consiste en une communion avec l’ensemble de l’Église dans un grand retour à Dieu de tout ce qu’il est venu déposer et favoriser en chacun de nous par sa grâce. « Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir », avons-nous entendu dans le psaume (Ps 79). La vigne du Seigneur est ainsi peuplée d’intendants qui disent merci à Dieu d’avoir reçu de lui une vie renouvelée par l’action de grâce du Christ en eux. De bons gérants de la grâce qui apprennent sans cesse le retour à Dieu à l’école de son Fils, le premier-né d’entre les morts. 

Tout au long de la semaine, cela suppose de laisser cette offrande, l’ostie que j’ai contemplée et que j’ai peut-être aussi reçue, m’unir à Jésus lui-même afin que mes actions et mes pensées puissent dire au Père toute ma reconnaissance. Servir son prochain, lui annoncer personnellement l’Évangile, s’engager dans la vie du monde au nom du Christ sont autant de façons que Jésus nous propose, afin de remercier Dieu, de lui rendre grâce pour la vie qu’il nous donne. Et comme nos contemporains ont tant besoin de ce témoignage !

Puisse la grâce de cette eucharistie venir convertir nos cœurs afin que nous puissions devenir membres de cette seule Église que Dieu fait croître et prospérer pour son Règne. 

Dans l’Esprit, puissions-nous laisser chacune de nos vies s’unir au grand merci de Jésus à Dieu. 

Que cette messe forme en nos personnes le témoignage de reconnaissance au Père qu’attendent celles et ceux vers lesquels il nous envoie cette semaine. 

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