3ème Dimanche de carême - Année A
Il y a longtemps que je n’avais pas bu une tasse de chocolat chaud car d’urinaire je n’aime plus tellement cela. Cependant, j’avoue en avoir dégusté une merveilleuse en t’entrant d’une balade en raquette que j’ai eu la chance de faire durant ces dernières vacances. Une boisson utile et vraiment désaltérante est toujours liée à la soif que l’on a. C’est un peu la même chose en matière de foi et ce n’est pas toujours facile de savoir ce qui va vraiment nous désaltérer lorsque nous avons soif. C’est un peu la même chose en matière de foi. Nous hésitons souvent en recherchant par nous-mêmes la boisson spirituelle qui pourra nous combler alors que nous en connaissons bel et bien la source.
Et vous, quelle est votre soif véritable ?
Dieu porte sur nous son regard de miséricorde jusque dans nos révoltes contre lui.
Par la vie donnée de son Fils Jésus, il nous fait sortir de nous-mêmes pour aller porter son regard d’amour vers les autres.
Il nous invite encore à imiter son Fils afin d’aider celles et ceux qui ne croient pas en lui à se tourner eux aussi vers Dieu.
Dieu porte sur nous son regard de miséricorde jusque dans nos révoltes contre lui.
Alors qu’il était adolescent, qui n’a jamais été frappé par l’amour de ses propres parents, même au cœur de ses révoltes contre eux. Vous savez, ces moments où, quoi que l’on ait pu faire, dire ou ne pas avoir fait, nos parents, peut-être après avoir été un peu agacés voire même peinés, nous prenaient encore dans leurs bras, leur manière à eux de nous dire que nous ferions mieux la prochaine fois et qu’ils nous aimaient tout de même, même après leur avoir âprement manqué de respect. Eh bien, le temps du carême nous convoque à contempler une telle attitude de la part de Dieu. Peut-être même que la miséricorde de nos parents à notre égard venait en fait de Lui…
Oui, car pour nous révéler notre désir le plus authentique et le plus profond, le Seigneur a besoin d’aller avec la puissance de sa miséricorde jusque dans nos révoltes et de nous aimer malgré elles. Si de notre côté, ces révoltes nous feraient plutôt peur, Dieu nous parle malgré elles et, finalement, en elles. Ainsi l’épisode du peuple d’Israël qui chemine dans le désert et qui se révolte contre Dieu parce qu’il a soif. Malgré ce défi que son peuple lui lance à Massa et Meriba, Dieu fait couler de l’eau pour lui. Ainsi la Samaritaine, qui se moque de Jésus au début de son dialogue avec lui alors qu’il lui promet de l’eau vive, le don de Dieu : « Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? ». Jésus pourtant continue de parler avec elle jusqu’à ce qu’elle puisse le voir tel qu’il est, jusqu’à leur rencontre véritable.
Oui, Dieu est le Dieu des vivants qui s’adresse à chacun de nous à la racine du péché en portant sur nos vies d’ici-bas son regard de miséricorde. C’est en ce sens que Saint Paul écrivit aux Romains : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. »
Et donc si Dieu déploie sa toute puissance d’amour miséricordieux au cours de nos révoltes spirituelles, c’est dans le but de nous éduquer, de garder en nous le don de sa vie.
Par la vie donnée de son Fils Jésus, il nous fait sortir de nous-mêmes pour aller porter son regard d’amour vers les autres.
Par le récit de la Samaritaine, saint Jean souhaite nous montrer ce que Dieu veut faire de nous à partir du témoignage d’amour et de vie de son Fils Jésus, le Verbe fait chair. Jésus est le visage du Père, qui est venu nous amener sur le chemin du Père, c’est ce que nous avons entendu dimanche dernier sur la montagne de la Transfiguration. Mais comme il est beau ce chemin, cette pédagogie que le Christ déploie envers cette femme qui le rencontre devant le puit. Car malgré le quiproquo et la moquerie du commencement, elle en vient à lui poser des questions par elle-même. Comme elle est belle cette charnière dans le récit, où celle-là, la Samaritaine, qui pose les questions. Ce moment, où elle est suffisamment libérée, en confiance pour adresser à Dieu ses propres désirs. Et comme il serait temps dans ce carême que nous puissions prendre un temps de prière, d’une prière authentique, qui expose sous le regard du Seigneur, dans le silence tout ce qui ne va pas, pour dans la confiance, à l’écoute de sa Parole, le laisser nous libérer et pour enfin, lui présenter notre soif véritable. Il y a dans ce mouvement tout le sens de la pédagogie divine pour l’homme.
La Samaritaine présente à Jésus les réalités de sa vie morale, avec ses sept maris, ses incompréhensions en matière religieuse - où faut-il adorer Dieu - et enfin le cœur de l’attente de sa propre foi, la venue du Messie. Le temps du carême est aussi un moment d’apprentissage humain de la Révélation de Dieu. Le moment où nous devons apprendre à l’école de Jésus, de sa Parole, de ses sacrements et de son Église, à nommer au cœur de notre péché, tout ce qui nous éloigne de la pleine vision de Dieu, de l’union à Lui, du moins pour ce que nous en voyons aujourd’hui, ici et maintenant, avec nos mots, à notre niveau etc. Ce sont nos doutes en matière de foi, nos incompréhensions au sujet de la vie ou de l’enseignement de l’Église, nos difficultés dans les domaines de la vie affective et morale et finalement, nos attentes spirituelles les plus fortes. Tous ces éléments présentés à Dieu doivent finalement nous conduire à le trouver ensuite en vérité. « Je le suis, moi qui te parle. » Dit finalement Jésus à la Samaritaine au terme de leur échange.
Être en vérité devant Dieu, revient à accepter dans nos vies le témoignage et le chemin d’amour véritable qu’il me propose en son Fils Jésus. Ce n’est pas certainement pas, comme nous serions parfois tentés de le faire, passer nous-mêmes généreusement sur toutes nos inconsistances humaines et spirituelles en nous disant que Dieu nous aime quand même, après tout. Comme si nous avions nous-mêmes la pleine conscience d’être nous-mêmes le Messie ! Non, car seul Jésus sait avoir soif de ma vraie soif ! Le but d’une eucharistie, d’un sacrement, d’une lectio divina, d’un temps d’oraison, n’est-il pas de laisser l’Esprit de Jésus lui-même venir purifier ma vie afin que se fasse jour mon véritable désir de Dieu.
À notre époque où le messianisme humain est partout, il nous faut accepter Jésus comme le seul et unique révélateur de notre chemin vers la vie éternelle.
Et ce chemin, divin en Jésus et que le Christ lui-même a une grande soif de nous voir arpenter de tout cœur, il nous faut le proposer aux autres.
Il nous invite encore à imiter son Fils afin d’aider celles et ceux qui ne croient pas en lui à se tourner eux aussi vers Dieu.
N’y aurait-il pas dans notre famille, dans nos immeubles, sur notre lieu de travail, d’autres Samaritaines ? Homme ou femme ? Il serait peut-être temps d’apprendre à regarder nos frères et sœurs en humanité avec le regard de Jésus-Christ en personne. S’intéresser à la culture des gens nous aide à leur annoncer l’évangile, cela crée ce chemin de confiance qui permet à l’autre de trouver sur lui un amour si grand et vaste que le message annoncé ensuite ne peut qu’être vrai ! Entrons avec le Messie dans cette voie de décentrement réel et d’amour. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »