4ème Dimanche de carême - Année A
« Avez-vous déjà essayé d'admirer les vitraux d'une église depuis l'extérieur, à la tombée de la nuit ? On n'y voit absolument rien. Ce ne sont que des morceaux de verre sombres, ternes, tenus par du plomb. Quelqu'un qui s'arrêterait à cela pourrait se dire : "C'est bien triste, ça ne ressemble à rien !" Le vitrail, dans l'obscurité, est totalement inachevé. Il ne sert à rien. Mais attendez que le soleil se lève et que ses rayons le traversent... Soudain, c'est une explosion de couleurs. La lumière accomplit le vitrail : elle lui donne son sens, sa beauté, sa véritable identité. Et en retour, le vitrail ne garde pas cette lumière pour lui : il la transforme pour illuminer et émerveiller tous ceux qui sont à l'intérieur. Nous sommes exactement comme ces vitraux. La lumière du Christ est ce don de Dieu qui nous accomplit vraiment. Sans elle, nous sommes comme éteints. Mais lorsqu'elle nous traverse, elle révèle le chef-d'œuvre que Dieu a fait de nous, pour que nous puissions ensuite éclairer les autres de nos propres couleurs.
La lumière du Christ est un don de Dieu qui nous accomplit mais qui ne doit pas s’arrêter à nous.
Ce qui fait la joie de Jésus, c’est de donner personnellement sa lumière
Cette lumière rend la vue de ce qui accomplit la personne humaine.
Un devoir moral de s’efforcer de rayonner de la grâce du Christ.
Ce qui fait la joie de Jésus, c’est de donner personnellement sa lumière
En regardant le visage de Jésus dans une icône, on ne contemple pas seulement un homme mais le visage de Dieu. Jésus est le Fils que Dieu a engendré pour nous en Marie afin de nous communiquer la grâce de la rédemption. Jésus dans les textes de ce jour agit de façon décisive comme ce berger venu rechercher les brebis égarées par le péché et ses effets. Nous en avons eu la précision dans le livre de Samuel. David, qui préfigure le Christ, est choisi parmi ses frères, en dépit de son apparence et de sa condition, en roi-berger, humble, qu’on n’attendait pas, mais qui a pourtant toute la grâce de Dieu en lui. Ainsi Jésus a-t-il reçu lui-même l’onction de la grâce, de toute la grâce et de la lumière divine pour nous la donner.
La mission du Seigneur Jésus est de nous redonner la vue de Dieu, dont le péché des origines nous avait privé. Et c’est là qu’est la vraie nature de son service divin, de son sacerdoce de Fils de Dieu.
Cette lumière rend la vue de ce qui accomplit la personne humaine.
Ce qui fait l’objet du conflit qui oppose le Christ aux Pharisiens dans l’évangile de ce dimanche, c’est justement la nécessité de cette lumière. Jésus leur dit bien que : « Du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. » Ces hommes se sont tellement accaparés l’accès au divin, qu’ils ont fini par ne plus être capables de reconnaître la vie et la lumière divine lorsqu’elle vient à opérer devant eux. Et c’est précisément ce que le Christ déclare devant tout le monde devant le temple : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » En effet, celui ou celle qui croit détenir la vérité sur la vie, sur ce qui l’accomplit, celui ou celle qui se pense déjà suffisamment éclairé de ses seules et propres convictions, a de fortes chances d’être complètement aveuglé par la lumière de Dieu quand il finira par la voir un jour en face de lui. Les Pharisiens sont ainsi dérangés par la présence de Jésus qui est portant le Messie de Dieu, parce qu’ils en ont en fait une image bien à eux, qui les aveugle entièrement. L’aveugle-né lui, n’a pas cela car il n’a en fait aucune certitude, aucun a priori sur l’agir de Dieu pour le salut du monde. Il ne sait qu’une chose, maintenant, il voit !
Les catéchumènes qui vivent aujourd’hui leur deuxième scrutin peuvent nous rappeler cette candeur. Ils ne savent pas encore vraiment tout ce que Jésus fait pour eux. Mais sa rencontre a sans doute été au départ et pour bon nombre, inattendue. Et en ce dimanche, nous ne devons apprendre avec chacun d’eux qu’une seule chose : maintenant, en nous humiliant devant la suffisance spirituelle que nous pouvons trouver en nous-mêmes, avec le Christ nous pouvons voir et nous voyons tout ce que Dieu fait pour nous. Aussi, à l’exemple des saints qui nous précèdent, unis en Jésus, nous pouvons voir Dieu même.
Un devoir moral de s’efforcer de rayonner de la grâce du Christ.
La seconde partie de notre carême marque ainsi le moment d’accepter d’avancer, non plus dans la lumière artificielle des certitudes que véhicule le monde, sur ce qui accomplit vraiment et transcende. Peut-être y a-t-il aussi tous ces contentements matériels qui nous font oublier la recherche même de Dieu. Il nous faut accepter, de ne pas savoir, accepter la ténèbre du doute et de l’ignorance face à Dieu et sa volonté, pour pouvoir mieux ensuite laisser son Messie éclairer nos personnes durant la prière de la Parole, au cours d’échanges fraternels entre croyants et dans la célébration confiante des sacrements. C’est au fond cela se conduire en enfants de lumière (cf. Eph).
Et sachons encore que ce chemin ne peut pas être vécu uniquement pour nous-mêmes. Moralement, si nous devons accepter la nuit pour accueillir finalement le jour de Dieu en Jésus, c’est pour que celles et ceux qui nous entourent et qui ne croient pas encore ou pas assez, puissent dans nos privations et nos œuvres, trouver également la voie où Dieu les convie à se laisser faire. Ils ont besoin que nous puissions nous conduire en enfants de lumière, que nous soyons lumineux. Comme il m’est arrivé de croiser tant de baptisés qui, n’ayant jamais vraiment pourtant fréquenté les assemblées eucharistiques, sont aujourd’hui interpelés par la nécessité de nous rejoindre. Comme s’ils reconnaissaient que Jésus avait déjà fait quelque chose pour eux. Puisse nos témoignages les aider vraiment à reconnaître en lui la vraie lumière qui accomplit. Cette lumière que nous portons et qui fait sortir du matérialisme pratique et de la peur de l’autre pour faire découvrir à chacun la profondeur transcendante de la personne humaine crée et sauvée par Dieu dans le Christ.