11ème DImanche du Temps Ordinaire - Année A
Imaginez être invité dans un restaurant étoilé. Le chef vous prépare un festin, il paie lui-même votre addition, et vient vous servir. Mais vous, dès la dernière bouchée avalée, vous prenez votre manteau et vous filez par la porte de derrière en courant ! C'est impensable, non ? C'est pourtant ce que nous faisons parfois avec le Seigneur : Il nous sauve gratuitement, s'abaisse pour nous guérir, nous nourrit... et nous filons au pas de course sans prendre cinq minutes pour le remercier.
Alors qu’en fait,
Le rachat de l’humanité s’opère par également par notre cœur, en tant que disciples du Christ Jésus.
Seul Dieu sait compatir pleinement à la souffrance que provoque le péché dans la personne humaine.
Sans doute, n’avons-nous jamais autant été dans une culture globale du soin de la personne et pourtant, nous votons aussi des lois qui veulent faire taire la mort des enfants à naître et celle des personnes que plus aucune technique ne pourrait guérir corporellement. Il faut avouer que notre rapport à ce qui ne va pas chez nous se trouve lui-même détraqué. Dans la foi, nous avons accès à la lumière qui peut nous aider à trouver le sens de ce qui nous affecte. Et nous pouvons le faire, parce que Dieu lui-même dans le Christ l’a fait en premier. Tout a commencé avec cette attitude du cœur qu’a magnifiquement décrite saint Matthieu dans l’évangile : « voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. » Nous pourrions méditer toute cette semaine ce verset, tant il comporte de densité de sens. Il nous fait en effet méditer ce que Dieu, ayant pris notre humanité, perçoit de ce que nous sommes devenus depuis la chute. Dans ce regard de Jésus, il faut lire le regard du Père, le créateur des cieux, qui prend pitié de notre condition d’esclave, de la même façon qu’il s’est adressé à son peuple après l’avoir libéré de la servitude d’Égypte (la première lecture). Avec le Christ, tout s’éclaire sur ce qui nous défigure.
Pour illustrer cela, j’aime bien cette citation du concile Vatican II, dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (§22) : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir [27], le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation ».
C’est donc en regardant Jésus que nous pouvons déceler ce que Dieu nous demande de vivre. Et c’est encore en Jésus que nous pouvons nous laisser saisir par le modèle nouveau de notre humanité.
Les fidèles du Christ vivent au quotidien du mystère ineffable de la rédemption.
Il s’agit de nous apercevoir que nous avons été choisis afin d’être nous-mêmes guéris de notre éloignement de Dieu. Qui mérite cela ? La preuve que Dieu nous aime, nous a dit saint Paul, c’est que Dieu nous a rachetés alors que nous étions encore pécheurs, c'est-à-dire encore incapables de vraiment mesurer toute la grandeur de la grâce que Dieu allait nous faire en nous ramenant à Lui. Il n’avait pas besoin d’avoir des fans, ou un public conquis. Dieu nous a sauvé en s’abaissant jusque dans l’obscurité de l’essence de notre nature. Et dans la personne de son Fils Jésus, il y a même compatibilité.
Nous ne comprenons pas toujours quand Dieu nous sauve même. Il nous parle dans sa parole, il communique sa grâce tous les jours. Il nous rassasie, nous guérit et nous transforme dans les sacrements. Tout cela est le salut, mais il nous arrive de ne même pas avoir la force de nous apercevoir que tout ceci ne vient pas de nous mais de lui, seulement de lui. Nous sommes sauvés par pure grâce mais bien souvent, nous tentons de nous faire croire que nous y sommes encore pour quelque chose. « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. » avons-nous l’entendu nous dire dans le livre de l’Exode. Mais nous ne savons pas toujours le remercier pour la grâce d’être vraiment sur la voie du Salut, de le savoir et d’en vivre quotidiennement.
Arrêtons donc de faire ce que nous pourrions appeler le resto-basket spirituel et ecclésial ! Je suis frappé par le très petit nombre de fidèles qui, à l’issue d’une messe, choisissent de rester encore un moment dans l’Église, devant le tabernacle pour remercier Dieu de ce qui vient de se passer en eux, autour d’eux mais aussi, en ciel, au purgatoire… Il y a tant et tant de motifs de reconnaissance envers le Seigneur. Et le soir, quand je fais mon examen de conscience, est-ce que je prends le temps de remercier Dieu non pas seulement à la hauteur de ce que j’avais souhaité dans ma petite personne si cela s’est bien réalisé, mais aussi à la hauteur de la sanctification dont j’ai pu être témoin chez quelqu’un, les progrès dans la charité d’un autre. Toute la gratuité de l’amour divin qui dans le Christ a transformé les croyants qui entourent. Le retour de lui de ce que Dieu opère et que nous pouvons voir aide à nous approcher de lui, sans partir en courant jusqu’à la prochaine grâce….
Au fond, …
Que faisons-nous de ce regard divin qui nous a été remis gratuitement ?
Mais enfin, si nous continuons à lire l’évangile de Matthieu, nous pouvons voir que la compassion de Jésus ne s’est évidemment pas arrêtée à un simple regard, ni même au choix d’un certain nombre de disciples. Car elle s’est encore étendue jusqu’à envoyer ces douze en mission. « Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » Tout un programme ! Ce programme n’est autre que celui de l’Église.
Dès lors, si dans nos jours nous parvenons à remercier Dieu pour le don inouï, inattendu, immérité de la rédemption, c’est pour que cette action de grâce génère en nous des désirs nouveaux d’aller en mission, des désirs d’aller encore porter la bonne nouvelle aux autres, des désirs de pardon, d’écoute, de soins authentiques selon le cœur de Dieu. Dans le cœur d’un croyant reconnaissant, apparaît toujours ensuite un plus grand désir de voir les autres guéris et plus unis à Dieu. Cela s’appelle la sanctification ! Et cela fonctionne pour toutes les vocations de l’Église, depuis que Jésus a posé le premier son regard sur les foules sans berger.
Que cette Eucharistie nous aide à voir en Jésus, le Rédempteur de l’homme et de tout l’homme. Qu’elle nous unisse à l’amour gratuit du Christ Jésus offert mystérieusement pour notre salut. Quelle aide à remercier Dieu pour avoir été ainsi élu. Quelle stimule enfin en nous et autrui de nous un vif désir de compassion pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette joie : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement :