15ème Dimanche du Temps Ordinaire
Savez-vous que la majeure partie des personnes que nous accueillons à la paroisse pour la préparation du sacrement sont assez peu croyantes ? Je pense ainsi que 95 % des couples que nous accueillons pour une préparation au mariage ou au baptême de leur enfant ont un rapport à la foi chrétienne qui est encore à bâtir. Et je dois dire qu’ils ont tous en commun une crainte, c’est de ne pas être réellement accueillis par la communauté, précisément à cause de leur manque de foi, qui leur fait penser à un manque de légitimité à demander cette foi à des chrétiens engagés. Nous avons à leur témoigner qu’il ne tient qu’à eux d’entrer en relation avec Dieu. Lui, qui veut rendre nos vies fécondes par sa Parole et ses Sacrements.
Nous sommes rendus à la vie éternelle si nous sommes aidés à laisser Dieu agir en nous.
Constamment, il nous propose un chemin de croissance et de fécondité par l’accueil de sa Parole et ses sacrements.
Dieu nous a fait aussi le don de pouvoir en aider d’autres à rencontrer le Christ.
Nous sommes rendus à la vie éternelle si nous sommes aidés à laisser Dieu agir en nous.
Toute bonne conversion commence par la constatation que sans Dieu, il ne sera pas facile d’être et de rester vraiment soi-même jusqu’à sa propre mort. La conversion commence donc avec la conscience intérieurement acquise de ce que l’on appelle la finitude. Je suis une personne marquée par les vices, par l’inconséquence, par des moments inopinés de repli sur moi. Je suis faillible et finalement mortel. Tout se prépare alors en moi-même pour devoir faire un choix : consentir à cette finitude mais sans remède, en essayant de colmater les brèches par moi-même comme je l’entends ou bien, trouver au cœur d’elles un appel qui vient d’ailleurs et enfin, y répondre.
Il y a donc la phase de constat profond et véritable du néant, dans laquelle tout homme, toute femme peut entendre la voix de Dieu par son Esprit. Mais pour ce faire, il faut d’abord décider soi-même ce que l’on est prêt à faire ou à ne pas faire de l’embarras causé par cette finitude ; c’est lorsque je m’aperçois intérieurement de l’espace qui me sépare d’une existence accomplie. Il s’agit d’une étape de découverte, qui me présente cette finitude à la fois difficile et en même temps, à même aussi d’être visitée. Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus prononce une parabole devant ses disciples et ceux-ci s’étonnent de le voir en donner le sens uniquement à celles et ceux qui sont de ses disciples. Le mot « parabole » signifie littéralement, jeter devant. Avant d’expliquer la parabole, Jésus avait donc jeté devant son auditoire un récit qui peut permettre à toute personne, si elle y est prête, si cela correspond à sa disposition intérieure d’être fini, d’y voir sa propre vie rejointe. La parabole est une proposition, que certains acceptent et que d’autres refusent encore, car ils n’ont pas encore pris la peine de décider ce qu’ils allaient faire devant le problème de la finitude de leur vie, devant l’irrémédiable de l’humain. Mais d’autres encore voudraient voir Dieu par des moyens qu’ils définiraient par eux-mêmes - comme c’est plus rassurant. « Ils se sont bouché les yeux, nous dis Jésus, de peur que leurs yeux ne voient que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. » En somme, Dieu ne prend pas notre liberté pour forcer la vie en nous, mais il met devant nous un chemin, son chemin pour nous proposer de renaître dans notre nature rejointe par la sienne.
Constamment, Dieu nous propose un chemin de croissance et de fécondité par l’accueil de sa Parole et de ses sacrements.
Voilà ce chemin ! Chemin d’intériorité où chacun éprouve la réalité de son unique recréation à partir d’une parole, d’abord mise devant tout le monde, dans toute l’Église, pour ensuite faire son œuvre en chacun. J’ai parfois entendu des personnes me dire que Jésus n’était quand même pas très sympa de ne pas vouloir tout dire à tout le monde. J’ai aussi vu des paroissiens engagés me dire qu’il vaudrait mieux enlever ces versets difficiles. Mais comment celles et ceux qui cherchent pourraient-ils comprendre que dans le Christ, Dieu leur propose un chemin, si finalement la possibilité de ne pas l’accueillir est systématiquement occultée ? Comment apprécier qu’il y a bien une différence à laisser Jésus donner une réponse de vie à leur existence, s’ils n’entendent pas ces mots de lamentation qui viennent de sa bouche, face à ceux qui voudraient voir Dieu autrement qu’en lui ? En ce sens, si nous voulons bien en savoir plus sur la différence que fait la vie chrétienne, cette parabole du semeur nous en indique beaucoup ! Elle décrit comment Dieu nous fait grandir au cœur de notre finitude, comment miséricordieusement, il résout le paradoxe. À travers elle, le Christ nous met en garde sur notre qualité d’écoute et de réceptivité, car ces attitudes marquent pour Dieu la disposition de notre part qui lui permettra ensuite de faire en nous la différence pour vivre vraiment.
Jésus nous avertit qu’accueillir en nous le chemin intérieur qu’il provoque par l’Esprit suppose d’abord d’accueillir la Parole de Dieu dans toute son intelligence afin qu’elle ne reste pas au bord du chemin. Il s’agit, avec la raison que nous donne la foi, de sentir le sens des mots et des phrases qu’elle porte, avec l’aide d’une Bible annotée, du catéchisme, d’une homélie, d’une catéchèse du pape, etc. Le Seigneur nous avertit ensuite qu’il convient justement d’accueillir personnellement cette Parole, vraiment comme la Parole de Dieu, c’est-à-dire non une parole humaine qui réjouit un moment, un instant, mais la Parole divine qui va jusqu’à la jointure, comme dit l’écriture, de la moelle et des os. Il faut, quand nous méditons l’Écriture, laisser, comme nous l’a dit saint Paul, l’Esprit gémir, dans l’intelligence d’une phrase ou d’un mot qui rejoint le cœur pour le sonder et l’unifier. Cela nous permet de devenir d’authentiques témoins attachés à Dieu, qui tiennent bon en toutes circonstances. Mais Jésus nous avertit enfin que cette Parole est délicate car ses effets sont à discerner et à entretenir, tant ils peuvent être étouffés si nous n’y prenons pas garde car elle jaillit dans notre finitude. Ce sont les bruits du monde, les paroles concurrentes, les séductions avides qui étouffent le sens et l’effet du message divin et qui l’empêchent de faire son œuvre.
Oui, Dieu propose et met devant nous un chemin mais il faut encore veiller à préserver la qualité de chacun de nos pas, il nous faut estimer aussi le chemin parcouru - la relecture -, il nous faut approfondir les sens des notions de la foi que l’Écriture porte - le catéchisme -, il nous faut préserver le silence et l’ascèse en nous-mêmes - c’est le combat spirituel - afin que la voix de Dieu porte tous ses fruits. Voilà donc le chemin quotidien de la personne devenue disciple, qui cherche à mener sa vie jusqu’en Dieu. Il ou elle souhaite que s’accomplisse en lui toute l’Écriture et en particulier celle d’Isaïe que nous avons entendue : « ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ».
Le disciple du Christ est donc celui ou celle qui aime voir la parole porter du fruit.
Et…
Dieu nous a fait aussi le don d’en aider d’autres à rencontrer le Christ.
Est-ce que cet été, je vais me mettre à offrir une Bible ou un évangile à ce membre de ma famille qui a l’air de s’interroger sur le sens que peut bien avoir sa vie ? Est-ce que je vais encore provoquer cette discussion profonde avec cette personne qui me semble en recherche, permis mes amis ?
Est-ce que moi aussi, je voudrais mettre devant les yeux et les oreilles de mes enfants, ou d’autres membres de ma famille, la parole du Christ, son témoignage vivant et actif dans ma propre existence, en me décidant à affirmer plus clairement cette foi devant eux - en paroles ou en actes ? Il y a forcément de la bonne terre en chacun de nous, dans laquelle la Parole de Dieu semée a déjà pris racine. À nous d’aider les autres à découvrir les possibilités variées avec lesquelles la voix de Dieu pourrait à son tour prendre racine en eux. Pour se décider à se laisser rejoindre, ils ont besoin de la lumière d’un chemin de foi qui a été finalement parcouru parce que Dieu a murmuré dans une bonne terre, réceptive et offerte pour produire en elle du fruit « à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Que cette eucharistie nous aide à laisser Dieu venir au cœur de notre finitude afin qu’il murmure à nos cœurs ! Que nous puissions par sa grâce, laisser à Dieu du temps pour venir cet été nous rejoindre intérieurement dans une bonne terre ! Qu’elle prépare en nous la joie d’un témoignage fécond pour celles et ceux qui cherchent à franchir l’espace qui les sépare encore de Dieu !