Solennité du Corps et du Sang du Seigneur - Année A
Quand on va au restaurant ou dans une cafétéria, le grand avantage, c'est qu'on peut choisir. On prend l'entrée qui nous plaît, on saute le plat de légumes qu'on n'aime pas trop, et on prend double ration de dessert. C'est très humain. Le risque, c'est de faire exactement la même chose avec notre religion : devenir des "catholiques de cafétéria". On prend le Jésus qui pardonne, c'est réconfortant ; on laisse parfois de côté les exigences morales de l'Église, c'est trop lourd à digérer... Mais le repas que le Christ nous offre aujourd'hui n'est pas un buffet à volonté où l'on pioche ce qui nous arrange. Jésus nous convie à un menu unique, et pour cela, il nous invite à une triple attitude cela, Jésus nous convie à une triple attitude :
Désirer communier à la foi et à toute la foi de l’Église
S’offrir entièrement dans la communion, afin que le Christ puisse se rendre présent à nos vies et à la totalité de nos vies
Pour finalement discerner la vie déjà donnée par Dieu à la messe.
Désirer communier à la foi et à toute la foi de l’Église
Nous savons que nous accueillons la présence du Seigneur qui nous sauve dans les sacrements de l’Église, que ces sacrements, qu’il a lui-même institués, nous sont donnés pour préparer en nous le moment où nous serons pleinement en sa présence, toute sa présence. La vie chrétienne ne serait-elle pas ainsi le lieu d’apprentissage de la vie divine ? Oui assurément. Au terme des cinquante jours après Pâques, nous n’avons pas fêté la Trinité pour rien car la résurrection nous introduit dans e mystère de la vie en Dieu. Mais si les sacrements sont une préparation à la vie en Dieu, il convient en premier lieu de savoir bien les recevoir personnellement. En ce sens, la disposition première est celle de la foi.
En particulier, pour bien communier, il faut apprendre à communier dans la foi. Je ne parle ici simplement de la foi en la présence réelle et sacramentelle du Christ dans les espèces eucharistiques, je parle de toutes les vérités qui forment le dépôt que le Jésus a laissé à ses apôtres et qui constituent aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps l’objet de notre foi. Oui, communier c’est d’abord se rendre disponible à la totalité de la vérité révélée, que le Magistère et la Tradition de l’Église ne cessent de nous transmettre. Bien communier, c’est d’abord le faire avec la dévotion de tout un peuple qui a été éduqué par Dieu, qui a reçu la foi en héritage. L’évangile de ce dimanche nous fait entendre le discours du Pain de vie dans l’évangile de Jean. Si Jésus y révèle que sa chair et son sang seront donnés pour la vie du monde, il l’exprime bien devant le peuple, la foule des Juifs, en évoquant leurs pères qui, dans la foi ont été nourris par la manne au désert.
Avant de communier, je dois me demander si je suis bien dans la communion de la foi, la foi de toute l’Église. Je peux me demander avant d’aller à la messe, s’il y a des préceptes et des vérités de la foi de l’Église, dont je connais bien le sens logique et intellectuel mais que je ne peux pas accueillir dans mon cœur. Car communier au Christ, c’est communier à la foi de l’Église, de toute l’Église. Sachant que le doute n’est pas un péché, il fait partie de ce processus d’adhésion de la foi, mais que l’obstination dans le doute qui nous fait sortir de la communion des croyants et donc dans la communion de l’Église l’est bel et bien.
« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? » Disait Moïse devant le peuple. Accepter toute la foi de l’Église et y communier afin de communier au Christ sacrement, c’est déjà accepter de se laisser nourrir comme Dieu le souhaite, et déposer du reste, en consommant la seule nourriture qu’il met à ma disposition pour entrer dans la vie éternelle. Accepter les vérités du Credo et de l’enseignement de l’Église, issues de la Parole de Dieu, c’est donc déjà se mettre sur un chemin de vie éternelle avec la seule nourriture de la Parole méditée dans le Corps du Christ, qu’est l’Eglise.
Mais la communion de la foi est le préalable à la communion au Christ sacrement, pour qu’il puisse se rende présent à nos vies, à l’ensemble de nos vies.
S’offrir entièrement dans la communion, afin que le Christ puisse se rendre présent à nos vies et à la totalité de nos vies
Dès lors, si nous communions dans la totalité de la foi, c’est pour nous unir avec celles et ceux qui croient, à la vie de celui qui s’est donné pour notre salut. La deuxième étape de préparation intérieure que nous devons observer pour bien communier, c’est nous rendre disponibles à nous offrir entièrement à Dieu dans le Christ. Dans la communion de la foi, nous devons décider encore d’offrir chacune de nos vies dans leur totalité, leur entièreté. Comme « On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. » selon ce que nous avons entendu dans la séquence en parlant de Jésus-eucharistie, nous sommes invités à nous donner semblablement quand nous allons communier à lui.
En approchant de l’autel, nous aimons bien nous voir beaux et moralement impeccables mais nous savons aussi intérieurement que ce n’est pas vraiment le cas. Car il y a bien sûr cette part d’ombre et d’imperfections que nous ne voulons pas voir et donc pas présenter. Mais comment espérer être sauvés, en ouvrant nos mains l’une sur l’autre ou en ouvrant la bouche en face du Christ ressuscité, si nous mettons en même temps un voile pudique sur nos blessures intérieures, nos désespoirs et nos pauvretés ? C’est impossible. Dieu ne nous sauve pas sans notre consentement, c'est-à-dire sans l’assentiment de la foi : qui me fait voir en lui également un thaumaturge, un guérisseur des malades et des boiteux, qui peut me guérir de mes blessures, qui me fait voir en lui un prêtre, qui pardonne les péchés, qui me fait voir dans l’ostie la présence d’un prophète, qui est venu annoncer en moi l’espérance. Oui, la communion eucharistique est aussi et surtout l’histoire de notre résurrection individuelle et collective par le choix d’une offrande.
En tant que prêtre, je peux dire que j’aime voir vos visages quand vous approchez du ciboire ou de la coupelle que je tiens dans mes mains à chaque communion. Et j’aime surtout voir les visages qui témoignent d’un désir d’être relevé, guidé et changé, avec des mains bien posées l’une sur l’autre, ou une bouche humble ouverte pour recevoir leur Seigneur. « Le voici, le pain des anges,
il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu » nous disait encore la séquence.
Enfin, si nous communions à la foi et à toute la foi, afin que le Christ puisse se rendre présent à nos vies et à la totalité de chacune de nos vies, c’est pour nous préparer à la vie éternelle.
Pour finalement discerner la vie déjà donnée par Dieu à la messe.
Le Card. Ratzinger, futur Benoît XVI, dans son livre sur la liturgie avait exprimé l’idée que chaque eucharistie nous met paradoxalement en présence d’une réalité qui est encore à venir. La messe est la fois le moment du « déjà là » et du « pas encore » de l’amour divin. Elle nous procure « un avant-goût des réalités à venir », comme le dit une préface, mais elle nous place aussi directement devant cet avenir, où, en Dieu, nous nous serons un jour complètement offerts dans l’offrande du Fils fait homme qui est désormais auprès du Père. Comme nous pouvons parfois le dire lors de l’anamnèse : « Quand nous mangeons ce Pain et buvons à cette Coupe, nous annonçons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes. »
Ainsi, notre dévotion envers les vérités de la foi et les espèces eucharistiques nous place dans une attente mais elle nous fait entrer jour après jour dans la vie éternelle, en nous plaçant un peu plus dans le mystère de Dieu, à la fois déjà vécu et anticipé. C’est aussi cela la messe, la vie éternelle que je me prépare et aussi dans laquelle j’entre à chaque fois que j’y assiste. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » nous a encore dit Jésus. Me laisser sauver par lui suppose donc une dernière attitude, celle d’apprendre à recueillir durant ma semaine tous les fruits de l’eucharistie (le dimanche et en semaine). En effet, si je crois que la Parole de Dieu n’est pas creuse, si je crois aussi que les sacrements sont porteurs d’une grâce que je ne sais pas recréer par moi-même, alors une messe a forcément un effet réel en moi et dans toute l’assemblée. Présence réelle discernée dans la foi, effet réel discerné dans la foi. Qu’elle soit de nature spirituelle, psychologique, morale, sociale, éthique, communautaire, une messe revêt ainsi toujours un effet dans la personne baptisée qui la reçoit et pour l’ensemble de l’Église. Par la prière, l’action de grâce, il convient d’entrer dans le discernement de ce que la messe produit en nous et de remercier Dieu lui, de rendre grâce pour cela. « Rendre grâce » n’est-il pas en fait le sens du mot eucharistie lui-même ?
Puisse celle que nous allons maintenant célébrer nous aider à nous préparer toujours mieux recevoir le Christ sacrement dans la foi de toute l’Église
Quelle nous aide à présenter à Dieu la totalité de nos vies afin qu’elles soient transformées par l’offrande de son Fils.
Quelle nous aide enfin à accueillir la présence rédemptrice du Seigneur et à en discerner en nous et autour de nous, tous les effets.