16ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

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16ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Ce phénomène se produit aussi dans les presbytères

« Vous avez sans doute déjà posé cette question existentielle à la maison : « Qui a laissé traîner ses chaussettes au milieu du salon ? » ou « Qui a fini le paquet de gâteaux sans le jeter ? » Ou encore « qui a entamé la tarte qui était dans la cuisine ? » La réponse est invariable, peu importe votre âge ou le nombre de personnes sous votre toit : « C'est pas moi ! » C'est extraordinaire. Il y a un fantôme dans chaque maison qui vide les frigos, met le désordre et sème la zizanie. Et le pire, c'est qu'en grandissant, nous gardons ce même réflexe. À grande échelle, dans notre monde d'adultes, l'humanité entière continue de crier « C'est pas moi ! ».

Le mal nous est contagieux, mais, le Salut consiste justement en un tri que nous pouvons partager en Église. 

Le mal nous est contagieux. 

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, devant la question du mal actuel, notre époque est pleine d’un paradoxe. Tout le monde voit et peut dire que le désordre nous entoure (dans la société, sur la scène internationale, dans nos lieux de travail et de vie), mais personne n’est vraiment indiqué comme responsable de ce mal. C’est d’ailleurs comme s’il y avait un mal qui s’ajoutait au mal commis, un mensonge qui voudrait sans cesse dissimuler la véritable origine de ce qui violente et détruit. Par exemple, si la loi sur la fin de vie a bien été récemment votées à l’Assemblée Nationale, les désordres qu’elle finira certainement par occasionner un jour ou l’autre, seront étouffés et, même si un jour cette loi venait providentiellement à être abrogée à la suite de ces heurs, il y a fort à parier que ses instigateurs et ses supporters d’alors ne seraient finalement pas pointés du doigt par la conscience collective. Oui, notre monde, pris dans sa fuite en avant progressiste, techno-scientifique et libertaire, commet l’absurde et l’oublie aussitôt. Le mépris culturel du bien commun ronge la société dans laquelle nous sommes immergées, et il serait bon de bien nous en rendre compte, car, nous le savons également, le mal est contagieux. 

Je pense que nous avons chacun pu faire l’expérience d’être pris par l’idée de mal agir à un moment, de commettre ce péché pour finalement nous dire lâchement, que nous avions aussi l’excuse d’avoir été ignominieusement influencés par d’autres. Que nous soyons pécheurs, c’est un fait qu’il faut reconnaitre et c’est d’ailleurs à partir de là que l’on finit par se rendre dans une Église le dimanche. Mais que nous ayons l’idée de tout le temps vouloir amoindrir notre responsabilité face au mal que nous commettons, voilà qui n’est pas pour nous rapprocher de la joie d’être sauvée. 

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, il y a justement cet ennemi méprisant qui s’est rendu dans le champ du maitre en secret pour y semer la mauvaise graine de l’ivraie. Un ennemi fin et pervers, comme le diable, qui se dit qu’après tout, le propriétaire ne fera pas la différence. Il finira par confondre cette mauvaise herbe avec du blé et s’en contentera… Pourtant, ce n’est pas ce qui se passe, puisque le maitre et ses serviteurs finissent par débusquer l’ignominie et organisent une stratégie pour confondre le mal, pour ne pas le subir et finalement s’en défaire une fois pour toutes. Ce visage du maitre est celui de Dieu, tel que nous l’a décrit le livre de la Sagesse : «  Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes ». Oui, la compagnie de Dieu n’est pas compatible avec un quelconque affaissement moral qui tolère le mal et la souffrance et qui collabore ainsi avec tout genre de tromperie. 

En effet, 

Le Salut consiste en un tri 

Comme il m’est arrivé d’accompagner spirituellement des personnes qui pensaient à tort que tel ou tel comportement pouvait être compatible avec la vie dans l’Esprit par lequel Dieu nous sanctifie ! Justement, la vie spirituelle est un chemin de sanctification et la sanctification suppose la conversion, la conversion implique un tri. Ce qui est étonnant dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, c’est ce qu’immédiatement le maitre a en tête pour confondre l’ennemi. Contre toute attente, il indique à ses serveurs de laisser pousser les deux plantes ensemble. Voilà bien un paradoxe - de la foi cette fois-ci. Nous imaginerions en effet que pour être sauvé, il faut être absolument parfaits. Comme si certains pouvaient d’ailleurs avoir la joie de constater que leur propre champ d’existence n’avait jamais été pollué par de la mauvaise graine. Oui, le Salut s’adresse à celle est ceux qui, en premier lieur acceptent le mal en eux, dans leur propre terre, comme un fait, et qui savent également très bien distinguer et continuer d’apprendre à distinguer pour leur vie durant, le bon grain de l’ivraie, afin de ne jamais être trompés. À la fin des temps, celles et ceux qui auront préféré le mal tout en l’ayant identifié seront mis à part de celle et ceux qui auront tout fait durant le temps de leur vie pour tâcher de le confondre. « De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, explique Jésus à ses disciples, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise ».

Alors, je sais que certains me dirons qui tout ceci est très beau mais qu’il est tout de même très difficile de faire le tri dans sa conscience. Mais ceux-là n’ont pas tout compris, si je puis me permettre. Ce tri se fait dans le temps et, non à cause de notre seule conscience, vraiment capable de tout le temps plonger pour s’affaisser. Ce tri se fait en notre cœur, le centre de notre personne - auquel la conscience est aussi perpétuellement reliée - quand il est visité par l’Esprit-Saint, Dieu lui-même. C’est la grâce qui nous fait entrer en conversion, c’est par la grâce et notre désir humain de voir notre regard transformé à l’image de celui du maitre qu’est Jésus, que nous sommes sauvés. Comme nous l’a dit saint Paul, L’Esprit lui-même, dont Dieu connait les intentions, intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Oui le salut est un tri, qui se fait quand nous consentons à recevoir la grâce, qui sait débusquer en chacun ce qui ne conduit pas à Dieu et qui sait préserver le bon grain jusqu’à la moisson. 

Mais certains diront encore qu’ils ont déjà prié et que … rien n’y a fait, mon Père, j’ai toujours ce péché ! Voilà, vous dites quoi là ?! 

Alors, pour cet été, il y a un trait du regard divin qu’il nous faudrait également contempler et accueillir sur nous…. 

Accueillons dans la prière le regard patient de Dieu qui nous transforme. 

Ce n’est pas un hasard si, immédiatement après la parabole du bon grain et de l’ivraie, le Seigneur parle de la graine de moutarde ou de la mesure de levure enfouie dans la farine. Car elles sont toutes deux de petites choses au départ, des choses auxquelles on pourrait ne pas prêter attention, mais des choses bonnes cette fois-ci, et qui finissent par produire des effets spectaculaires. Un moutardier est un arbre gigantesque en comparaison de la taille de la graine qui l’a fait naitre. Une mesure de levure ne se distingue pas dans un pâton, mais on sait qu’elle est présente une fois que le pain est cuit. À mesure que nous allons accueillir l’Esprit qui nous aidera à trier, peu à peu, patiemment, nous finirons par rendre grâce à Dieu pour la conversion de notre regard. Nous le remercierons pour cette capacité nouvelle qui fait distinguer l’ivraie sans pour autant nous émouvoir et succomber. 

Dans nos temps de prière, nous pourrions laisser le regard de Dieu se poser sur le champ de notre cœur, afin qu’il nous aide à faire le tri qui fera patienter justement jusqu’à la moisson. Et n’oublions pas non plus que ce si le mal est contagieux, le regard patient et miséricordieux devant une vie en conversion l’est incommensurablement plus. Cet été, en famille, nous pourrions nous faire le don, les uns aux autres, du regard fécond qui prend patience en vue de la conversion, celui qui la favorise et qui l’attend comme Dieu nous l’apprend quand nous le prions. Faisons-nous le don mutuel de la douceur de Dieu qui tri. 

Que cette eucharistie nous aide à accueillir en nous l’Esprit-Saint qui confond en nous la présence du mal ! Qu’avec le Christ offert en nourriture, nous puissions accepter en nous le tri salvifique de la grâce ! Que Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie nous aide à accueillir de lui son regard de patience et d’amour qui laisse à tout ses enfants le temps de la conversion !