17ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

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17ème Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Quand un restaurateur d'art se retrouve devant une toile ancienne, noircie par la fumée, recouverte par les vernis du temps ou parfois même repeinte par d'autres au fil des siècles, que fait-il ? Il ne crée pas une nouvelle image. Avec une patience infinie et des outils très délicats, il retire une à une les couches superficielles pour faire apparaître le chef-d'œuvre originel qui était caché en dessous. Notre vie de baptisé ressemble souvent à cette toile. Nous sommes recouverts par les modes, les attentes des autres, les bruits du monde, au point d'oublier l'œuvre unique que Dieu a peinte en nous. L'Esprit-Saint est ce maître restaurateur qui vient travailler avec nous. Et le discernement, c'est cet art délicat qui nous permet d'enlever, jour après jour, ce qui est faux ou superficiel, pour laisser apparaître le trésor caché de notre véritable vocation : ce pour quoi Dieu nous a faits.

L’Esprit-Saint, le don de Dieu permet en nous un rapport personnel avec Dieu. Le discernement est le trésor qui fait de nous des sujets du règne de Dieu. Par l’Esprit-Saint, Dieu nous convoque à l’accomplissement de nos vies. 

L’Esprit-Saint, le don de Dieu permet en nous un rapport personnel avec Dieu 

Comment guider sa vie quand on a la foi ? Qu’elle différence cela fait-il d’être baptisé ? Qu’est-ce qui me différencie finalement d’une personne non croyante ? Autant de questions auxquelles nous avons peut-être dû un jour faire face dans notre existence. Mais les avons-nous vraiment bien prises au sérieux ? Avons-nous pour chacune d’elles une réponse ? Savons-nous dire ce que la foi change fondamentalement dans une vie, et comment ? « Quand les hommes aiment Dieu, avons-nous entendu de Paul, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. » Mais comment cela arrive-t-il en fait ? Dieu contribuerait au bien de ceux qui se sont tournés vers lui certes et qui l’aiment, mais de quelle manière au juste ? Et si c’est vraiment le cas, alors pouvons-nous en être conscients ? 

Ayant accompagné de nombreuses personnes catéchumènes et néophytes, je peux dire que le déclic dans une vie humaine qui se tourne vers Dieu intervient quand une personne qui s’interroge et qui cherche finit par lui demander quelque chose. C’est un grand pas, que certaines personnes mettent parfois des années à franchir. Et je pense que certaines baptisées fidèles à l’eucharistie n’ont pas encore réussi cela à l’échelle de leur existence. Il s’agit d’avoir le courage de se tourner vers Dieu et de lui demander une faveur de sa propre voix. Et comme Dieu attend ce moment ! C’est au fond le sens de notre baptême qui se joue ici. Nous avons reçu l’Esprit-Saint à notre baptêmes et notre confirmation pour cette raison : que peut s’établir en chacune de nos personnes un rapport unique et décisif avec notre créateur et notre sauveur. En effet, depuis que nous sommes baptisés, Dieu par son Esprit ne cesse de nous chercher pour s’entretenir avec nous personnellement, nous appelant par notre prénom, celui de notre baptême. Mais il ne nous force pas, il ne s’impose pas, il attend simplement une première demande de notre part. Ainsi, s’est-il mis à demander au roi Salomon ce qu’il voulait, il lui a demandé de formuler une demande, sa demande afin d’être en relation avec lui.

Mais que devons-nous demander au juste dans la prière ? Qu’est-ce qui serait le plus important ? Et bien peut-être tout simplement ce que Dieu veut lui-même. Et c’est de cette façon que le fils de David demande la grâce du discernement, « l’art d’être attentif et de gouverner ». Le pape François disait de ce don : « Le discernement est un art, un art qui s'apprend et qui a ses propres règles. S’il est vrai qu’il implique l’intelligence, l’habileté, la volonté, c'est avant tout un don. [...] C'est l'Esprit Saint qui donne le don du discernement, c'est lui qui nous aide à lire dans nos cœurs et dans les événements de la vie. » (Audience générale du 18 septembre 2019)

Le discernement est le trésor qui fait de nous des sujets du règne de Dieu

Je ne sais pas si nous en avons bien conscience mais qui peut dire qu’il a reçu de Dieu lui-même le don de gouverner sa propre vie ? C’est pourtant cela le discernement, c’est quand, souhaitant vivre pleinement de la grâce de notre baptêmes, nous invoquons l’Esprit-Saint pour qu’il nous aide à chercher, puis découvrir et enfin, accepter ce que Dieu veut lui-même. Cela correspond au moment où notre liberté se présente à nous, non plus comme la propriété jalouse de notre égo mais comme le moyen d’une vie d’alliance avec la volonté divine. Le pape François disait d’ailleurs que « le discernement n’est pas un auto-examen solipsiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de soi vers le mystère de Dieu, qui nous aide à vivre la mission à laquelle il nous a appelés pour le bien de nos frères. » (Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n. 175). 

Dans l’évangile de ce dimanche, nous avons entendu toutes ces paraboles que Jésus proclame pour rendre palpable la vie du Royaume des Cieux, c'est-à-dire la vie en Dieu dès ici-bas. Il proclame en particulier : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ. » Nous pourrions en dire autant du discernement dans l’Esprit. Qui apprend dans le conseil, l’écoute et la méditation de l’Écriture à répéter la volonté de Dieu, trouve un trésor qu’il veut ensuite garder bien précieusement dans un champ, un lieu pour lequel il va engager toutes ses ressources, un lieu qu’il va protéger avec toute son énergie. Cette parabole est intéressante, car elle nous invite à faire la différence entre le trésor unique et précieux de notre relation avec Dieu d’une part, et le champ des moyens qu’il place en nos cœurs pour rester en lien avec lui, d’autre part, et notamment l’art de savoir ce qu’il veut pour notre vie personnelle de membre de l’Église, l’art de discerner. En d’autres termes, notre relation personnelle avec lui est enfouie dans le champ du discernement et des moyens pour le mener (la lectio divina, l’accompagnement spirituel, le témoignage de la vie des saints). Cette parabole nous invite à accepter le discernement comme l’apprentissage d’un moyen destiné à nous unir à lui dans l’Esprit, à nous faire grandir en sainteté, à nous donner la joie de prendre la place qui est la nôtre dans l’Église. 

En effet, 

Par l’Esprit-Saint, Dieu nous convoque à l’accomplissement de nos vies. 

Le discernement nous aide à connaître, à aimer et à faire la volonté de Dieu. Il s’agit d’une grâce de maturité humaine et spirituelle où je peux accueillir de manière unique le désir de Dieu dans ma propre vie et en vivre véritablement. C’est de cette façon que la foi change une existence, quand la volonté de Dieu devient accomplissement de soi et non un lieu de peur et d’incertitude, un lieu de croissance et non un lieu de soumission servile de l’esprit. La voie du discernement nous aide à devenir ce que nous sommes et à chacun rester fidèle à ce pour quoi Dieu nous a faits. Le pape François disait encore : « Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin du discernement, car la vie actuelle offre d'énormes possibilités d'action et de distraction [...] Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment. » (Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n. 167). 

Face à toutes les paroles et toutes les volontés humaines qui nous ballottent, il y a donc celles de Dieu qui nous guident personnellement. Ce qu’il nous faut comprendre par le don du discernement, c’est que seule la volonté de Dieu a le pouvoir et la légitimité de nous accomplir chacun dans la foi. Ce don de l’Esprit nous pouvons le demander dans la prière et nous pouvons cet été essayer seuls et aussi en couple si c’est le cas, de tâcher de partir à la recherche du champ des moyens qui nous aideront à entendre Dieu nous guider vers plus de vie, plus de joie et de paix dans la fidélité à son Église. 

Que cette eucharistie nous aide à nous décentrer suffisamment de nous-mêmes pour demander à Dieu ce qu’il veut pour notre vie ? Que la force de cette communion nous guide vers un saint don de nous-mêmes dans la grâce de l’Esprit ! Que nous puissions avec elle trouver davantage la volonté paisible et lumineuse de Dieu qui nous a sauvé et visité.