4ème Dimanche du Temps Pascal - Année A
Le Christ est ressuscité !
…
Le Christ est ressuscité !
Il est vraiment ressuscité !
Et oui, cela commence à faire un peu loin, Pâques … ;-)
Ce matin, en quelques mots, saurais-je résumer le message de Pâques si je devais le délivrer à un collègue de travail ou à un membre de ma famille bien éloigné de la foi ?
J’ai récemment entendu un chrétien me dire que le carême était vraiment une période formidable parce que tant d’activités y étaient proposées. Il ajouta qu’en revanche, après avoir fêté Pâques, l’Église ne proposait en somme plus rien … Et bien justement, si, le temps pascal est le moment de se mettre à l’œuvre. C’est le moment d’agir en faisant raisonner dans son cœur le message de la résurrection de Jésus pour en saisir toutes les conséquences dans nos vies. En ce dimanche, la question que la victoire de Jésus me pose est la suivante :
Est-ce que j’accepte que ma vie soit une marche à la suite de Jésus, le bon pasteur, qui m’aide à vouloir et adopter cette vie semblable à la sienne ?
Le véritable message de Pâques
Aujourd’hui, tant et tant de personnes relativisent le message de l’évangile. Dans la lignée des grands philosophes athées du XIXe, ils pensent que cette belle histoire a été seulement écrite pour rassurer. À les entendre, en ce sens, d’autres histoires feraient tout aussi bien l’affaire pour donner la joie. « Ce que vous appelez Christ, mon Père, je l’appelle, vie, amour, joie, bonheur, Bouddha, confiance… » Comme si la foi pouvait être réduite au rapport à un seul mot, à une idée ou un concept. Ils évoquent un rapport impersonnel en fait, sans histoire intime avec Dieu en Jésus-Christ. Et la joie dont ils parlent, vécue au travers d’un mot n’est qu’une forme de réassurance psychologique, non la joie inouïe et personnelle qui nous a été communiquée après l’événement douloureux de la croix.
La joie de Pâques, c’est finalement se rendre compte que dans la résurrection du Christ, le Père m’a fait le don d’une vie plus vivante que la mienne, à laquelle je peux désormais m’unir pour devenir vraiment qui je suis et qui je suis vraiment. Et au cœur de cette première joie, jaillit ensuite une seconde joie, qui est celle de savoir qu’en devenant plus vivant en et par Jésus, j’entre comme cela dans l’éternité de Dieu. Il s’agit en fait de comprendre que cette vie plus vivante que la mienne à la suite du Christ que je choisis chaque jour en me levant n’est autre que le salut. Voilà tout le message de Pâques, la mort et la résurrection du Seigneur qui nous élèvent personnellement à devenir plus nous-mêmes pour entrer dans la vie éternelle.
Et tout cela se passe parce que Jésus en mourant et en ressuscitant, Jésus est devenu pour nous porte et berger de vie éternelle.
Par le témoignage, préserver et transmettre ce message.
Certains prétendent conduire à la vie éternelle sans vivre comme le Christ, n’ayant pas passé par la porte qu’est Jésus. L’imposteur prétend guider vers la vie éternelle sans avoir vécu une vie semblable à celle de Jésus. Aussi, tant et tant de messages voudraient aujourd’hui nous faire quitter les exigences de la foi, en nous proposant des modes de vie alternatifs et concurrents, sans transcendance ou bien avec un rapport à la transcendance inventé, conçu et non reçu de Dieu. La grâce que reçoit le chrétien à son baptême est de pouvoir recevoir sa vie d’un autre qui est Dieu et de quitter ainsi l’illusion de l’auto-invention.
Nous le savons bien, les paroles qui nous transforment le plus en matière de foi sont celles qui proviennent de personnes qui, avant tout, savent les vivre. C’est ce qu’on appelle le témoignage. Employer ce mot, c’est faire référence au Christ qui le premier nous a aimé et s’est livré pour nous. Le Christ est à la fois porte, c’est-à-dire modèle et lieu principal d’union à Dieu, et aussi berger, c’est-à-dire guide constant et quotidien vers la plénitude de cette union au Père, jusque dans la vie éternelle. Témoigner signifie donc analogiquement être à la fois porte, lieu d’offrande à Dieu en et par Jésus et aussi berger, capable d’actions qui expriment la réalité de cette union, de cette relation acquise avec Dieu par son offrande. Les mots de la foi ne finissent pas par perdre leur sens quand ils ne sont pas enracinés dans une rencontre. La rencontre avec Dieu en Jésus reste fragile quand elle n’est pas quotidiennement porteuse de sens pour nos vies et celles des autres dans l’action.
Nous avons peut-être le profond désir de conduire celles et ceux qui nous entourent vers la vie éternelle. Mais la question qui se pose alors est de savoir si nous en avons réellement les moyens. Car en fait, seul le Christ conduit à la vie éternelle car il est en sa personne le lieu de l’union au Père. La seule vie éternelle est la vie de Dieu et la seule personne à la détenir, c’est Jésus lui-même, voilà en somme le pesage de Pâques. Si je veux donc conduire les autres vers Christ, ou plutôt vers l’éternité avec lui, il me faut d’abord pour moi-même accepter de recevoir cette éternité de Jésus lui-même. Si je veux être pour l’autre qui me suit un autre Christ, alors je dois moi-même accepter de passer par la porte qu’il est lui, et lui seul.
La joie de Pâques, c’est de savoir que ma vie peut être sanctifiée par le Christ, que cette sanctification est un bien dont je peux gratifier les autres par mes actes. Et n’oublions pas non plus que cette vie plus forte que la mort que Jésus me donne jaillit au cœur de mon péché, c’est peut-être cela, le cœur de la bonne nouvelle, c’est que je peux bien mener une vie de difficulté, de douleur, mais qui soit également pétrie de la sainteté de Dieu jusqu’au jour où cette vie qui vient de lui, lui sera complètement acquise. Oui la joie de Pâques, n’est pas béate mais elle est existentielle, car elle rejoint toutes les dimensions de ma vie, et justement même les plus sombres pour faire de ma vie un témoignage concret pour celles et ceux qui m’entourent.
Écouter le témoignage et la parole des pasteurs, afin rester des témoins vivants du troupeau
Nous connaissons tous les différents lieux où le berger des brebis nous attend (Parole de Dieu, les sacrements, la vie de prière, les actes de charité et toute autre forme de mission auprès de ceux et celles qui en matière de foi et de vie ont moins que nous). Mais pour nous laisser porter vers la vie éternelle, vers les verts pâturages, n’oublions pas non plus les prêtres, car le Christ porte et berger se trouve aussi en eux. L’ordre est un sacrement, par lequel Dieu conforme la personne d’un baptisé à celle de son Fils comme Tête et Pasteur de son troupeau afin de le guider. Depuis la toute première Pâques, les prêtres et les évêques guident le troupeau du Seigneur sous l’impulsion de son Esprit. C’est d’eux en premier lieu que nous devons entendre la bonne nouvelle avant de pouvoir la transmettre à nos enfants, nos amis, nos collègues de travail. Une vie de foi sans les ministres du ressuscité serait vraiment désincarnée, car éloignée de la présence humaine que Jésus a souhaitée pour nous redonner vie.
Des prêtres, retenons surtout ce qui en eux, nous semble être à même de nous rapprocher de Dieu en Jésus. Et nous pouvons le faire dans la mesure où chacun de nous possède ce qu’on appelle le sensus fidei, le sens de la foi, ce flaire que tout le troupeau possède naturellement et qui lui donne l’instinct de qui est Jésus et de là où il se trouve en vérité. Pour chacun de nous, les prêtres peuvent être une porte, c’est-à-dire le don du témoignage d’une vie qui cherche de jour en jour à s’unir au Christ. Et ils sont aussi des bergers, relais annonciateurs de la bonne nouvelle du Christ, depuis que les apôtres furent envoyés de par le monde entier la proclamer. Si nous apprenons à relever et encourager en eux ce qui sauve, leur existence devient alors pour chacun dans l’Église porte et berger et nous rapproche encore de Jésus. Les prêtres et les évêques sont les relais probants de notre sanctification.
Que cette eucharistie nous aide à cultiver en nos cœurs le vrai sens du message pascal par une vie authentique et vivante acquise au crucifié.
Qu’elle nous aide à devenir des témoins actifs et probants de la présence de Jésus en nous !
Que ce don nous aide enfin à reconnaître le Christ dans le cœur de ses ministres, envoyés pour nous conduire vers le Ciel.
Enfin, prions pour que Dieu suscite de nombreuses vocations pour notre diocèse, envoyés particuliers des prêtres.