6ème Dimanche du Temps Pascal - Année A
Homélie donnée au prieuré Ste Bathilde de Vanves
Il nous est tous arrivé d'entrer dans une pièce de la maison avec une intention très précise, de nous arrêter au milieu, et de nous dire : "Mais qu'est-ce que je venais chercher ici, déjà ?" Ce petit trou de mémoire agaçant est un grand classique de notre quotidien. Eh bien, figurez-vous que dans la vie spirituelle, nous souffrons très souvent du même syndrome ! On se lève, on entame sa journée, et on oublie complètement qui on est et qui on est censé suivre. C'est exactement contre cet "oubli" que Jésus vient nous mettre en garde aujourd'hui à l'approche de la Pentecôte. Car pour recevoir la force de l'Esprit Saint, il y a un traitement préventif en trois étapes :
Accueillir en soi-même le témoignage de Jésus qui découvre Dieu et qui fait l’aimer
Défendre et protéger dans sa propre tout ce qui vient du Christ et qui lui ressemble.
S’attacher aussi à la vie du Christ, présente dans la communion de l’Église
Trois attitudes qui provoquent l’attachement au Christ qui permettra ensuite de recevoir l’Esprit-Saint à la Pentecôte.
Accueillir et garder en soi-même le témoignage de Jésus qui découvre Dieu et qui fait l’aimer
La première attitude qui doit nous préparer à recevoir l’Esprit-Saint est sans doute la plus fondamentale. Pour recevoir l’Esprit, l’intime de Dieu, il faut avoir reçu et accueilli en son cœur le témoignage de Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Cela peut peut-être nous paraître banal, mais il vaut mieux parfois ne pas hésiter à se dire cela de temps à autre. Pour être chrétien, il faut connaître et aimer le Christ. En ce dimanche, il nous le dit lui-même : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » C’est seulement donc en acceptant de l’aimer et de conserver et méditer la parole de son témoignage que se réaliseront en nous la totalité de ses promesses, puisque nous serons alors aimés de lui et du Père, et donc là où vit lui-même l’Esprit-Saint. La mémoire et l’amour pour Christ rendent proches de l’Esprit.
Nous parlons d’avoir tout d’une attitude du cœur qui est un désir entretenu chaque jour de rester dans la mémoire et la communion avec Jésus dans l’attente de ses dons. Et cette attitude du cœur n’est pas ensuite un vague sentiment ou même une valeur, même très belle, qui nous ferait penser à Dieu. Il s’agit d’une présence au centre de notre personne, de la présence du Seigneur, qui vient même envahir jusqu’à notre conscience. Oui, une vie compatible avec la puissance de l’Esprit est une vie qui cherche à vivre amoureusement et consciemment un lien de chaque jour avec le Fils bien-aimé. Ainsi, se préparer à la Pentecôte signifie sans doute avoir dans sa vie une habitude de réciter quelques fois dans la journée le nom de Jésus. Ce nom que murmuraient les martyrs ou d’autres saints (St Bernardin de Sienne qui en popularisa la dévotion, Ste Jeanne d’Arc, …). Retenons au passage l’attention de Saint Benoît à ce sujet, dans sa règle au Chapitre 7, sur le premier degré de l’humilité : « Le premier degré de l'humilité, c'est de garder toujours devant les yeux la crainte de Dieu et de fuir absolument l'oubli. Le moine se souviendra sans cesse de tout ce que Dieu a commandé. » Par la prière, la médiation de la Parole, il nous faut chercher à actualiser dans notre conscience le message de l’envoyé de Dieu car cela nous fait entrer en Lui.
Et il y a une deuxième attitude…
Défendre et protéger dans sa propre vie tout ce qui vient du Christ et qui lui ressemble.
Avec les attitudes d’accueillir et de garder, il y a aussi une seconde attitude, qui est celle, plus active encore, de défendre et de protéger. Dans la vie spirituelle, on est prêt à accueillir l’Esprit quand on se dispose intérieurement à vouloir et à faire la même chose que l’Esprit. Et s’il se nomme bien le Paraclet, c'est-à-dire l’avocat ou le Défenseur, comme nous l’avons entendu du Christ dans l’évangile, nous devons nous aussi, en nous-mêmes, pour nous-mêmes et pour l’ensemble de l’Église, accepter de devenir d’autres défenseurs et avocats. C’est en ce sens que se comprend l’exhortation de l’apôtre Pierre que nous avons entendue : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ».
Assurément, cette seconde attitude, de défendre et protéger, suppose bien sûr la première, l’accueil, car il n’est pas possible de défendre une vitalité que l’on n’a pas d’abord soi-même accueillie. Mais c’est ici que nous pouvons voir aussi jusqu’où va notre ressemblance avec l’Esprit-Saint, pour être en mesure d’être encore visités par lui. En fait, l’Esprit est avocat car il est en mesure d’être la vie du Christ, c’est-à-dire de se rendre présent à toute son offrande (sa Passion, sa mort et sa résurrection). Et puisque c’est dans l’Esprit Saint que Jésus est revenu des enfers, c’est ensuite dans l’Esprit Saint que Dieu nous fait aussi participer à la Croix et que nous pouvons alors devenir d’autres défenseurs ressuscités et rendre alors témoignage de cette même croix victorieuse. La victoire de Jésus nous rend forts et nous permet de devenir des avocats des œuvres divines en nous-mêmes, des avocats que Dieu aime. S’attacher à Jésus pour recevoir l’Esprit Saint signifie alors chercher avec assurance à éloigner de nous tout ce qui pourrait détériorer en nous les dons de Dieu. Pensons ici simplement à la foi, l’espérance et la charité, des vertus que Dieu veut constamment entretenir en nous mais qui s’usent quand on ne veut pas vraiment chercher à en vivre.
Et il y a enfin une dernière attitude à cultiver pour être enfin prêt pour l’Esprit qui vient.
S’attacher aussi à la vie du Christ présente dans la communion de l’Église
Je dirais très simplement qu’il faut apprendre à contempler l’Église comme l’œuvre de Jésus. Quand je vois un homme ou une femme, un enfant ou un adolescent qui, au nom de sa foi au Christ, quelque soit son appel, se met à aimer et servir les autres, je peux désormais essayer de me dire que c’est à cause du témoignage du Fils de Dieu, le premier-né d’entre les morts. Quand je vois une communauté unie et rayonnante, je contemple encore le visage du Seigneur. Quand je suis témoin d’un sacrement, c’est encore Jésus qui est présent à l’ensemble de son corps. Quand j’écoute le pape ou un autre évêque exhorter à la paix et à l’unité, c’est encore Jésus qui s’est offert un jour sur la croix pour réunir l’humanité dispersée par le péché. Ayons bien à cœur d’apprendre à contempler l’Église avec cette parole du Christ : « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. »
Que cette Eucharistie nous aide à vouloir accueillir du Christ l’attachement qui nous fera l’aimer davantage à la Pentecôte dans la ferveur de l’Esprit-Saint,
Que nous aidera à renaître pour discerner et défendre en nous les dons de Dieu,
Que l’union au sacrifice du Christ nous aide enfin à regarder l’Église avec les yeux de la foi.