7ème Dimanche du Temps Pascal - Année A
Quand on rentre d'un long voyage à l'étranger, on a l'habitude de ramener un petit souvenir pour ses proches. Un magnet pour le frigo, une tasse, une babiole qui finira sur une étagère... Dans l'Évangile de ce dimanche, nous voyons Jésus qui fait ses bagages. Il s'apprête à "rentrer à la maison", auprès du Père. Mais Jésus ne remonte pas au ciel avec un t-shirt "I love Earth". Comme nous allons le voir, il ramène dans ses valises quelque chose de beaucoup plus audacieux : notre nature humaine tout entière ! Il ne s'agit pas d'une simple visite touristique de Dieu sur terre, mais d'un plan parfait pour nous faire emménager, nous aussi, chez son Père.
La vie dans le corps de Jésus-Christ, nous redonne accès à Dieu.
La naissance de l’Église est la réponse divine à une humanité privée de la communion avec Dieu, son Créateur.
À travers cette Église, Jésus poursuit pour nous sa mission de salut sous nos yeux.
La ferveur qui nous anime au quotidien est l’indice probant que nous sommes dans la communion avec lui.
La naissance de l’Église est la réponse divine à une humanité privée de la communion avec Dieu, son Créateur.
L’évangile de ce dimanche nous fait entendre la prière sacerdotale de Jésus, dans laquelle, juste avant de prendre son dernier repas avec les disciples, il communique avec son Père. Nous y entendons cette phrase clé, qui signifie à elle seule tout le plan de Dieu réalisé en Jésus : « Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde n’existe. » Ce que Jésus, le Fils, demande au Père est en fait de pouvoir revenir en Lui, à Lui, tel que le Père l’a engendré dans son éternité bienheureuse avant le temps. Un regard trop simple nous laisserait penser que Jésus, le Fils de Dieu, en quelque sorte rentre à la maison après son incarnation, comme si toute sa vie terrestre n’avait été au fond qu’un passage dans notre humanité pour lui rendre une petite visite. Il n’en est rien. Car si Jésus demande à entrer dans le sein du Père, c’est pour y apporter ce qu’il est venu chercher en venant ici-bas, parmi nous, notre nature humaine.
À ce stade, nous pourrions aussi nous demander pourquoi Dieu, notre créateur, aurait-il besoin d’un exemplaire de notre humanité auprès de Lui. Et bien, c’est pour être en mesure, de part le mystère de la vie de son Fils fait homme, de pouvoir donner d’ores et déjà à cette humanité la vie divine à travers lui, et alors que l’humanité se trouve encore sur la terre, toute immergée dans le temps. Dans ces jours où nous sommes, entre l’Ascension et la Pentecôte, nous voyons peu à peu prendre forme sous nos yeux une vérité d’alliance avec Dieu, un lieu d’échange, où, au moyen de la foi en Jésus et un désir personnel de le suivre, l’offrande de notre vie nous vaut de pouvoir être visités nous-mêmes par Dieu, pour qu’à notre tour, il nous divinise. Ainsi, tout comme le Père a engendré le Fils avant le temps, il nous engendre nous à la vie divine dans le temps afin de le retrouver. Ce lieu d’échange, c’est l’Église, la communion que Jésus est parvenu à rassembler afin de l’offrir ensuite au Père. « Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. » avons-nous encore entendu jaillir du cœur du Seigneur dans l’évangile. Cette Église, nous avons pu la contempler, sous la forme d’une icône dans la première lecture, qui nous a montré les apôtres réunis autour de Marie dans l’attente d’être divinisés, dans l’attente de l’Esprit-Saint qui réunit et fait retrouver la joie d’être à Dieu le Père.
Et cette Église représente l’instrument de Dieu pour le salut du genre humain.
À travers cette Église, Jésus poursuit pour nous sa mission de salut sous nos yeux.
Oui, à travers elle, Dieu actualise quotidiennement, dans le silence du service, de l’annonce de la Parole, de la liturgie et de la prière, la révélation et l’accomplissement de son projet rédempteur initié dans la personne du Fils bien-aimé. Laissons le concile Vatican II (Gaudin et Spes § 45) nous redire ces mots : « Alors qu'elle aide le monde et qu'elle en reçoit de multiples éléments, l'Église a en vue cette seule fin : que vienne le règne de Dieu et que s'établisse le salut du genre humain tout entier. Tout le bien que le peuple de Dieu, au temps de son pèlerinage terrestre, peut procurer à la famille humaine découle de ce que l'Église est le "sacrement universel du salut", manifestant et actualisant à la fois le mystère de l'amour de Dieu pour l'homme. »
Je trouve parfois que nous ne prenons pas assez l’Église au sérieux, nous ne nous prenons donc pas assez au sérieux. L’assemblée que nous représentons ce matin, la vie que l’Esprit-Saint diffuse déjà dans nos personnes, entre nous avec l’ensemble des croyants manifeste et actualise le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme. Voilà qui est immense et qui mérite du respect et de la considération. Sous nos yeux, la vie de Jésus, c'est-à-dire la vie du Père, celui qui nous a créés, nous est redonnée gratuitement et en vérité dès maintenant. Tous les sacrements, toutes les grâces reçues, toute cette sagesse déjà à portée de cœur dans la Parole, et que le Magistère de l’Église médite, toutes les conversions, les vocations, les motions spirituelles reçues dans prière, les actes et œuvres de charité, tout ceci correspond au Christ qui prend corps dans les fidèles et qui rachète le monde, qui le ramène au Père. « Père, dis Jésus, (…) Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ;
et je suis glorifié en eux. »
Finalement, je peux ce dimanche me demander quel est l’indice par lequel je peux me dire partie prenante de cette communion - et je dis bien « communion » pas simplement « communauté » -, de cette communion qui actualise le projet divin, de cet événement de Salut qu’est aussi l’Église.
La ferveur qui nous anime au quotidien est l’indice probant que nous sommes dans la communion avec lui.
Eh bien, je sais que je suis dans cette communion qui retourne au Père dans la vie et la mission du Fils, si le Fils me réjouit vraiment au quotidien. Il faut alors que j’arrive à discerner si l’écoute de la Parole de Dieu et des choses de Dieu en général, les images et les idées que celles-ci présentent à ma sensibilité et à mon intelligence me rendent humainement joyeux et plus charitable quand je les reçois. Si également, elles me rendent aussi plus résistant aux attaques extérieures contre la foi. Cela s’appelle la ferveur chrétienne ! Quand la foi nous parle et nous éveille spontanément. C’est-là l’indice probant que l’Esprit du Christ est dans notre cœur, pour relier en nous l’humain au divin, nos existences à l’intime de Dieu. La ferveur chrétienne est la preuve que je suis dans l’Église, parce que l’Esprit-Saint me parle ici et maintenant à travers Jésus et qu’il me relie à mes frères et sœurs en humanité dans l’amour du projet de Jésus, le signe que je suis un membre de son corps en mission pour le salut du monde. La ferveur, c'est quand la foi touche ma vie et la transforme jusque dans l'action et la louange.
Finalement, je sais que je suis dans la communion de l’Église, communion qui nous ramène au Père, quand l’échange entre l’humain et le divin a lieu en mon être, quand je deviens en fait peu à peu comme Jésus. À quelques jours de la Pentecôte, demandons la ferveur de l’Esprit.
Que cette Eucharistie, en actualisant la Passion de notre Seigneur, vienne nous relier à son offrande. Quelle nous prépare à recevoir l’Esprit-Saint qui édifie l’Église. Quelle nous donne enfin la force de laisser Dieu nous montrer lui-même la ferveur qui nous anime en vérité dans le mystère du Christ Jésus afin de la pouvoir garder et la communiquer à qui l'attend.