Solennité de la Sainte Trinité - Année A
Comment allez vous souhaiter sa fête à votre maman ? Dans nos relations humaines, quand nous voulons prouver à quelqu'un que nous l'aimons, nous avons nos petites techniques. Nous offrons des fleurs, nous invitons au restaurant, ou pour les plus modernes, nous envoyons un message avec beaucoup trop de petits cœurs rouges. On dit souvent d'ailleurs qu'il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Eh bien, figurez-vous que Dieu aussi a voulu nous en donner une, lui-même. Mais Il n'a pas fait livrer un bouquet de roses céleste. Pour nous prouver son amour, Il a fait quelque chose de beaucoup plus intime et vertigineux : Il a ouvert son cœur pour nous partager son grand secret de famille. Dieu nous aime parce qu’il se révèle à nous tel qu’il est et que, ce faisant, il nous rassemble.
Il s’est fait connaître de nous pour que nous entrions en relation avec lui.
Dans le Christ, il nous fait expérimenter un amour de communion.
L’amour trinitaire s’accomplit pur nous dans l’Église.
Il s’est fait connaître de nous pour que nous entrions en relation avec lui.
Comme il n’est pas simple de bien concevoir tout l’amour que Dieu nous porte ! Ceci tient surtout dans le fait que si nous pouvions voir Dieu lui-même, nous serions tellement submergés par sa présence que, paradoxalement, nous ne pourrions peut-être même plus vivre. Dans le livre de l’Exode, au chapitre 33, Dieu se montre à Moïse, mais il le couvre de sa main (v. 22-23) à son passage, afin que cette rencontre demeure tolérable pour son élu. Nous pourrions dire ainsi que Dieu se fait connaître, mais avec pédagogie, ménagement et douceur. Dans sa miséricorde, il ne veut pas que nous nous laissions anéantir par sa présence de gloire devenue insupportable à nos yeux à cause du péché. Et avec Moïse, Dieu ne s’en est pas arrêté là, au chapitre 34 de l’Exode que nous venons d’entendre, il lui communique ensuite le mot incommunicable qu’est son propre nom, le Seigneur. Cela provoque l’abaissement jusqu’à terre de Moïse dans un élan de pénitence pour tout le peuple : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. » » Quelle grâce avons-nous, après avoir fêté la Pentecôte la semaine dernière, de pouvoir encore célébrer la vie toute entière de Dieu, qui s’est communiqué à nos oreilles par l’écoute de la prédication de sa bonne nouvelle en Jésus, et qui nous donne ensuite sa vie, quand nous voulons bien nous laisser offrir dans et par l’offrande de son Fils bien-aimé qui nous a montré tout son être.
Après Moïse, la pédagogie divine ne s’est encore poursuivie. Le Seigneur a voulu se faire connaître tout entier de nous pour atteindre son but de miséricorde. Et nous le savons, dans le Christ, mystérieusement, nous avons accès au visage du Verbe divin, de Dieu miraculeusement uni à notre nature. Ce visage, que nous pouvons maintenant regarder et contempler autant que nous le voulons, sans mourir, et en nous laissant maintenant offrir au Père, notre Créateur, dans la puissance de l’Esprit-Saint. Oui, si Dieu s’est fait connaître, c’est afin que nous puissions entrer avec la grâce de Jésus-Christ dans une relation d’offrande personnelle avec lui, qui est à la fois Un et TRINE. Dans la logique trinitaire, connaître, c’est aimer jusqu’à s’offrir soi-même entièrement, jusqu’à être empli de Dieu lui-même.
Nous pouvons en ce dimanche, contempler ensuite les multiples effets de cette connaissance d’amour qui nous sanctifie.
Dans le Christ, Dieu nous fait expérimenter un amour de communion
Car notre perception de l’amour de Dieu ne peut pas s’arrêter à la contemplation solitaire du Christ. Car la relation d’amour avec Jésus, par laquelle Dieu s’est fait connaître et par laquelle il nous sanctifie, nous doit nous emmener en Dieu, dans la communion de celles et ceux qui, comme nous, se laissent pétrir et jour après jour transformer par l’offrande première du Fils. La bonne nouvelle d’un Dieu trinitaire qui s’est rendu visible a donc pour effet de nous rassembler nous-mêmes dans l’amour ! Redisons-le nous aujourd’hui, en Christ, Dieu nous aime d’un amour d’offrande qui nous engendre dans une communion.
À chaque fois, qu’il m’est arrivé de faire du catéchisme à des adultes, j’ai toujours entendu des soupirs révoltés face à ce qui pouvait être à leurs yeux une sorte de complexité de Dieu. « Père, je n’y comprends rien : il y a Dieu, ensuite le Père, et aussi Jésus. Et il y a encore l’Esprit-Saint ! C’est beaucoup trop compliqué pour moi. Et si je devais encore expliquer ça à un non-croyant, je vous dis pas, Père … ». Il me semble que d’une part, Dieu ne se comprend pas, je veux dire qu’il n’est pas un concept, dont on pourrait un jour faire le tour, mais un mystère, dans l’intelligence duquel on entre, à mesure qu’on en vit et s’en laisse pénétrer. Aussi, il est impossible de bien discerner la présence et la vérité trinitaire sans chercher à considérer ses effets dans le cœur de croyant qui la rêvèrent. Autrement dit, on peut retrouver l’image de Dieu dans ses œuvres. Dans la salutation finale de la seconde épître aux Corinthiens, Paul les exhorte finalement à être les uns pour les autres dans l’Église comme les trois personnes de la Trinité sont dans la communion divine. Il leur demande d’avoir ainsi les uns pour les autres des sentiments de joie, de paix, de vie fraternelle, de concorde et d’amour, sortant de l’égoïsme individualiste du péché. Paul décrit là l’effet même de la vie trinitaire dans le corps des baptisés. De la même façon, si nous individualisons trop le Père, le Fils et l’Esprit, un peu comme s’ils étaient trois personnes qui se croisent le dimanche, ou quelque fois en semaine pour collaborer un peu, selon leur envie, alors nous risquons de passer à côté de la profondeur de l’intelligence de leur amour mutuel, à côté de l’intelligence du mystère qu’elles constituent. En fait, si le pape François ne cessait de nous répéter que, dans l’Église, le tout prime sur la partie, c’est parce que cette logique vient de Dieu lui-même et qu’elle doit se retrouver ensuite dans l’Église, fruit de l’amour divin. Dès lors, si l’Église est d’abord pensée et vécue comme une communion, alors elle rappellera d’autant mieux à l’ensemble de ses membres la Trinité sainte toute entière qui la façonne.
En Dieu, les trois personnes sont d’abord UNE parce qu’elles proviennent de la même essence, qu’elles partagent mais qui, également, les constitue chacune entièrement. Le tout est présent dans la partie et la partie dans le tout. Voilà la Trinité, voilà son sens, que le corps des baptisés qu’elle vitalise doit nous rappeler. C’est comme un rappel mutuel, une symphonie.
Et si j’ai voulu prendre l’Église comme image pour mieux nous sensibiliser à la vie et l’agir trinitaire, c’est parce que finalement, l’Église est et est toute entière à l’image de l’activité de cette communion d’amour.
L’amour trinitaire s’accomplit pour nous dans l’Église.
En effet, si Dieu, le Seigneur, se communique à nous, s’il nous a même montré le visage de son Fils qui nous révèle la vérité de la véritable nature de Dieu, l’effet de cet amour n’est autre que notre intégration à la vie sanctificatrice de l’Église. L’Église est à l’image de Trinité parce qu’elle est cette communion d’amour qui jaillit de l’offrande de Jésus en Croix, tournée dans la foi vers l’action de grâce et l’offrande au Père éternel, mue par la grâce de l’Esprit-Saint qui la vivifie. Elle constitue cet autre mystère par la vie duquel nous sommes transformés, l’autre famille de Dieu, en quelque sorte, son miroir en formation.
Et l’effet de la vie trinitaire dans l’Église résonne concrètement dans sa mission d’annonce, de célébration et de service, ces trois charges que confie et stimule l’amour divin dans tout le peuple de Dieu, en vue de la sainteté des croyants et de tout le genre humain. Vivre de l’amour du Dieu UN et TRINE, revient donc pour chacun à rechercher comment il peut, dans la communion ecclésiale, à participer à la joie de la célébration de la foi, à l’action de grâce qui nait lorsqu’on annonce la connaissance du mystère de Dieu dans l’amour, à la paix que procure le service des plus pauvres. Les trois hypostases, les personnes divines, sont en mission en chacun de nous mais également en nous ensemble, par la charge que le Christ a voulu laisser à ses apôtres et qui, en divers titres, incombe maintenant à l’ensemble des baptisés.
Puisse cette eucharistie nous stimuler à mieux connaître et aimer Dieu qui s’est révélé à nous. Quelle nous fasse entrer avec l’offrande du Fils offert au Père dans l’Esprit dans la joie d’un parfait amour de communion. Quelle donne enfin la grâce de participer à la mission de sanctification, d’annonce et de service que le dynamisme trinitaire suscite dans le corps des croyants.